Que faut-il attendre de ce dialogue politique ?







Qu’est-ce que Guillaume Soro et ses partisans doivent-ils attendre du nouveau dialogue politique annoncé par les autorités ivoiriennes. Rien ne leur sera offert sur un plateau d’or.

En annonçant la reprise du dialogue politique le 8 novembre dernier, Achi Patrick a clairement indiqué que ces discussions se feront « avec les acteurs concernés sur le terrain ».  Elles devraient donc impliquer les principaux leaders ou forces politiques de la Côte d’Ivoire. Sauf Générations et Peuples Solidaires (GPS) et son président Guillaume Soro.

Depuis deux ans, on le sait, le pouvoir d’Alassane Ouattara met tout en œuvre pour exclure du jeu politique national l’ancien chef du Parlement et le mouvement citoyen qu’il a fondé. Il ne lui pardonne pas son refus d’adhérer au Rhdp et son ambition de briguer la présidence de la République en 2020, alors qu’Alassane Ouattara ne réservait ce fauteuil qu’au seul successeur qu’il s’est choisi, en la personne d’Amadou Gon Coulibaly finalement décédé avant même la tenue de l’élection présidentielle.  

La justice aux ordres, principale arme du régime, s’est chargée de jeter en prison ou de contraindre à l’exil l’ex-Premier ministre (qui a écopé, à son absence, d’une série de condamnations dont une peine de prison à vie) et plusieurs de ses proches. Une décision de dissolution de GPS a été également prononcée en première instance, avant l’appel des avocats de la défense.

Guillaume Soro et GPS, jusqu’à ce jour, ennemis déclarés de leur allié d’hier, le Rhdp, ne devraient donc pas faire partie des acteurs que Monsieur Patrick Achi a promis de « contacter » pour ce dialogue.

Pour être cités lors de ces discussions, ils ne pourront compter que sur la bienveillance des leaders qui seront présents ou représentés à la table de négociation. Ceux-ci, ne l’oublions pas, ont leurs propres priorités, et ne devraient pas s’attarder sur celles d’un absent fut-il un allié.

Alors, Guillaume Soro et ses partisans ne devraient pas être surpris d’être ignorés dans les conclusions de ces pourparlers. Les échos que l’on a eus de la rencontre du 27 juillet 2021 entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo ne révèlent-elles pas toute la colère et la rancœur qui animent le locataire du Palais du Plateau contre celui qu’il désigne souvent comme son fils ? Les Soroïstes ne devraient donc pas s’attendre à une prise en compte de leur revendication majeure : la fin des poursuites judiciaires contre leur leader et son retour en Côte d’Ivoire.

Guillaume Soro et ses partisans ne doivent alors compter que sur eux-mêmes. Sur leur lutte pacifique pour imposer ce retour de leur mentor, comme ce fut le cas de Laurent Gbagbo. Car, contrairement à ce que l’on peut penser, le retour du président de PPA-CI ne lui a pas été offert sur un plateau d’or par le pouvoir d’Abidjan. Bien qu’il ait été définitivement acquitté par la CPI, le régime RHDP a continué de manœuvrer pour l’empêcher de regagner son pays. Ainsi, lorsque son retour a été officiellement annoncé, le régime a jeté dans les rues des « victimes » de la crise postélectorale. Pendant plusieurs jours, ces manifestants ont crié leur opposition à l’arrivée de l’ancien Président.  Le régime a ensuite envoyé des images de ces manifestations à la CPI pour la convaincre à dissuader son ex-détenu au motif que des troubles empêcheraient son retour au pays en toute quiétude. L’objectif était de prolonger le séjour de Gbagbo en Europe. Malheureusement pour le régime et ses envoyés, la CPI n’est pas tombée dans leur jeu. Elle a simplement répondu que le dernier mot revenait à Laurent Gbagbo. Celui-ci a décidé de maintenir sa réservation dans le vol qui l’a conduit à Abidjan le 17 juin 2021. Face à sa détermination, le pouvoir ne pouvait plus que se soumettre et même lui proposer des avantages. Il a donc arraché son retour dans le jeu politique.

Cissé Sindou     

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