Guerre en Ukraine : La domination mondiale occidentale en perte de vitesse





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La mobilisation des démocraties occidentales en réponse à la Russie dans la guerre en Ukraine n’est pas surprenante. Elle remonte à très longtemps. Toutefois, selon une analyse du journaliste Henri Olsen publiée dans le Washington Post, la puissance économique des nations est décroissante et pourrait mettre à mal l'ordre ancien.

 

. L’analyse d’un expert américain

 

Henri Olsen explique que cette puissance économique a permis à l'Europe et aux États-Unis de dominer le monde. Le développement de la science moderne et la révolution industrielle ont donné à l'Europe et à son allié américain, la capacité économique de déployer une puissance militaire écrasante, leur permettant de mettre sous leur coupe, la majeure partie de la planète dans leur sphère d'influence. Très souvent, l’on assiste à un chantage sur des nations comme la Chine pour essayer de les soumettre.

 

L'ordre international libéral fondé sur des règles qui s'est instauré à la fin du XXe siècle reposait sur la domination économique mondiale continue de ces nations. D'autres nations sont devenues plus riches, mais l'Europe occidentale, les États-Unis et leurs alliés asiatiques sont restés loin devant. En 1950, les États-Unis avaient à eux seuls un produit intérieur brut à parité de pouvoir d'achat plus important que la Chine, l'Inde et la Russie réunies. Ajoutez le reste de l'OTAN et ses alliés asiatiques, et aucune puissance ne pourrait résister avec succès à leur puissance combinée. Cette domination a été confirmée et étendue par l'effondrement de l'Union soviétique en 1991. Les anciens satellites soviétiques d'Europe de l'Est ont rejoint l'Union européenne, tandis que d'autres nations ont libéralisé leurs économies et sont devenues des partenaires commerciaux occidentaux. En 2000, les pays qui imposent actuellement des sanctions à la Russie - l'Union européenne et la plupart des pays de l'OTAN, plus le Japon, la Corée du Sud, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, Taïwan, la Suisse et Singapour - ont produit 79,4 % du PIB mondial.

L’analyse de Henri Olsen fait remarquer que la mondialisation a sévèrement diminué ce pouvoir au cours des 20 dernières années. En 2020, ces mêmes nations ne produisaient que 60,4 % du PIB mondial. L'ascension fulgurante de la Chine explique en grande partie cela, mais l'Inde et d'autres pays en développement ont également connu une croissance plus rapide que l'Occident. Ces nations sont maintenant assez puissantes pour résister même à la puissance combinée de l'Occident dans son conflit avec la Russie. Ce qui explique pourquoi nombre de ces nations se sont abstenues sur les résolutions de l'ONU condamnant l'invasion et pourquoi elles refusent de sanctionner la Russie pour son agression.

Selon l’analyse, ces tendances devraient se poursuivre. Elle précise que sur les 30 plus grandes économies, le Fonds monétaire international estime que les nations sanctionnant la Russie représentent actuellement 64,9 % de la production économique. D'ici 2027, il prévoit que ce nombre tombera à 58,5 %. D'ici 2040, la Chine et l'Inde ensemble devraient avoir un PIB plus élevé sur la base de la parité de pouvoir d'achat que les États-Unis et les huit plus grands autres pays sanctionnés réunis. Ajoutez à cela d'autres puissances émergentes telles que le Brésil, le Mexique, l'Indonésie et la Turquie, et l'équilibre mondial des puissances changera sans aucun doute encore plus.

 

Ce développement, à cette allure, mettra fin à deux siècles de domination mondiale occidentale à moins que certaines de ces puissances montantes ne rejoignent le bloc européen. Toujours selon cette analyse, si les puissances qui ne prennent pas des sanctions contre la Russie créent une alliance informelle pour concurrencer l'Occident, il est fort possible le 21e siècle soit celui d'une montée des tensions politiques et militaires activée par les occidentaux. Empêcher cela est la condition sine qua non de la politique occidentale dans un avenir prévisible. Mais cela n’est pas sans risque.

 

L’Occident est obligé de jouer la prudence

 

L'analyste américain fait remarquer que l’Occident est obligé de jouer la prudence dans la gestion de la montée du nationalisme hindou, qui semble être le mouvement politique dominant en Inde dans un avenir proche. Parce que l’Europe craint que l'Inde s’éloigne d’elle au profit du géant chinois son rival historique. Des conflits similaires entre les valeurs sociales libérales occidentales et les intérêts géopolitiques occidentaux doivent être gérés ailleurs. L' Inde et le Brésil abritent également plus de la moitié du bétail mondial. L'essor de la Chine signifie que de nombreux pays nations auront une alternative pour les fonds de développement et les exportations de produits. L’occident continue d’utiliser les sanctions dans les relations internationales comme moyens de pression sur les pays moins forts. Pas seulement des moyens financiers mais aussi dans le cadre des échanges technologiques, le gel des biens et des avoirs, voire des réserves financières. Pendant la guerre en Libye en 2011, l’occident a fait main basse sur des richesses de ce pays. Pareil en Afganistan, en Irak, en Syrie… L’objectif visé par l’occident est de mettre sous son contrôle les pays qui sont en train de se développer car il a besoin d’eux pour utiliser leurs ressources.

 

A la lumière de ces faits, il est clair que la maxime de Thucydide reste vraie : les forts font ce qu'ils veulent et les faibles souffrent. L'Occident domine le monde depuis plus de deux siècles. Mais aujourd’hui, leur mobilisation contre la Russie dans la guerre en Ukraine met à nu leurs faiblesses et les risques qu’ils courent en faisant perdurer cette crise.

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