Eternels déguerpissements







Les interminables déguerpissements en Côte d’Ivoire, et particulièrement dans la ville d’Abidjan montrent un gros problème dans la gouvernance de notre pays.

Ouvrages d’assainissement à désengorger dans la commune de Koumassi, emprises du projet du 4e pont Yopougon-Plateau à libérer, la voie du futur métro à dégager à Adjamé, Abobo, Anyama…la liste des opérations de déguerpissement à Abidjan est longue. Malheureusement, ces opérations occasionnent de véritables drames sociaux et suscitent généralement beaucoup d’émotion au sein de l’opinion. S’il est vrai que les déguerpis, qui sont majoritairement des populations démunies, occupent bien souvent illégalement les lieux dont il leur est demandé de partir de gré ou de force, ce phénomène révèle un manque de rigueur et de planification dans l’urbanisation. Et, tant qu’il ne sera pas traité à fond, il continuera de se transmettre de régime à régime.

C’est clair, la solution se trouve dans l’anticipation. Hélas, c’est un talon d’Achille de nos gouvernants, qu’ils soient territoriaux ou de l’Etat central.

En effet, très souvent, les autorités ferment les yeux devant l’occupation illégale ou anarchique du domaine public ou d’espace à risques. Après de longues années d’occupation de ces lieux, comment les assainir sans jeter à la rue des familles pauvres ou des commerçants démunis ? Ainsi, au moment où certains sont déguerpis aujourd’hui, ceux qui le seront demain sont en train de s’installer maintenant sans que les autorités compétentes se donnent réellement les moyens d’éviter cette occupation.

Un problème en montrant un autre, l’installation des populations sur des sites interdits, que ce soit pour le commerce informel, ou pour une habitation précaire, est la conséquence de ce que rien n’est fait pour leur faciliter une installation dans les normes.

Car, ceux qui créent des baraques ou des étals dans le domaine public, le font faute de moyen et par instinct de survie. Impossible pour eux de pouvoir louer ou devenir propriétaires des magasins ou des logements décents. Ils ont besoin de politiques d’accompagnement pour ne pas rester livrés à eux-mêmes. Toute chose qui est rare dans l’agenda de nos gouvernants.

Donc, il s’agit, au-delà des émotions qui nous animent devant le sort des déguerpis, d’inciter les dirigeants et futurs dirigeants à mettre en œuvre des politiques qui vont rompre le cycle dramatique des déguerpissements. Cela, en aidant les pauvres qui souhaitent faire le commerce à le faire dans des endroits convenables, et en créant de véritables logements sociaux pour les couches défavorisées.

Il s’agit également, quand l’on a réussi à prendre en compte ces populations défavorisées dans la planification du développement urbain et économique, de se donner les moyens de police nécessaires, afin d’éviter l’installation des récalcitrants sur les sites interdits comme les espaces verts, les emprises d’infrastructures, les terrains réservés à des projets publics, etc.  Il vaut mieux prévenir que déguerpir.

Cissé Sindou  

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