Ouattara, Sarkozy et le 3ème mandat







Sera-t-il candidat à la présidentielle d’octobre 2020 ou ne le sera-t-il pas ? Va-t-il briguer un troisième mandat envers et contre tous ? Principalement contre l’opposition, la société civile et la majorité des Ivoiriens qui aspirent à un changement à la tête du pays ? Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, soutient qu’il livrera officiellement sa position sur la question à l’opinion publique nationale et internationale en 2020.

 

 «Vous m’avez dit que vous vouliez que je fasse un troisième mandat. Je vous donnerai ma réponse l’année prochaine», a-t-il déclaré aux militants de la coalition au pouvoir, le samedi 26 janvier 2019, lors du congrès ordinaire du RHDP-parti unifié au stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. Un fait semble cependant certain, dans son entourage et son camp politique, on l’encourage de plus en plus vivement à briguer un troisième mandat. Surtout, avons-nous appris, en cette période où l’ambition présidentielle de Guillaume Soro, qui a d’ailleurs démissionné de la présidence de l’Assemblée nationale à cet effet, n’est plus feinte et que Bédié ainsi que son parti, le Pdci-Rda, veulent ravir le fauteuil à leur ancien allié.

 

En attendant 2020, pour que nous soyons clairement situés sur les intentions d’Alassane Ouattara, il faut affirmer que l’actuel chef de l’Etat ivoirien est dans une posture qui suscite bien d’interrogations et de commentaires. La question importante qu’on pourrait se poser au regard de l’évolution de la vie politique en Côte d’Ivoire depuis 2010 est celle-ci : Pourquoi Alassane Ouattara, ami et protégé de Nicolas Sarkozy, peut-il songer à briguer un troisième mandat présidentiel ? On se souvient qu’alors chef de l’Etat français, fortement impliqué dans la crise postélectorale ivoirienne de 2010-2011 au profit de son ami, Nicolas Sarkozy avait eu ces propos véhéments, en janvier 2011, à l’égard de Laurent Gbagbo, chef de l’Etat ivoirien, au moment des faits : «Simone et Laurent Gbagbo ont fait dix ans au pouvoir, il est temps qu’ils s’en aillent !». Certains observateurs avaient adoubé cette déclaration en faisant fi de son contexte d’émission. «Dix ans, c’est suffisant, il faut pouvoir passer le relais», nous disait d’ailleurs, à cette époque, un diplomate occidental en poste à Abidjan. De son côté, Alassane Ouattara avait embouché la même trompette pour réclamer le départ de son adversaire, Laurent Gbagbo, du pouvoir.

 

Dix ans bientôt après les faits, Alassane Ouattara se retrouve dans la même situation que Laurent Gbagbo. Mais avec une rébellion armée en moins. Fait curieux, l’ami de Nicolas Sarkozy semble traîner les pieds pour quitter le palais présidentiel. Il s’est même taillé sur mesure une Constitution en 2016 pour tenter de justifier un troisième mandat présidentiel. Autre fait tout aussi curieux, Nicolas Sarkozy qui semblait avoir fait du respect de la limitation de mandats présidentiels en Côte d’Ivoire, une exigence, n’a visiblement pas interpellé son ami sur les déviations de celui-ci. Bien qu’il soit un habitué de la résidence de repos d’Alassane Ouattara à Assinie, petite localité balnéaire à proximité d’Abidjan. A moins que pour le couple Ouattara-Sarkozy, l’alternance au pouvoir et le respect de la limitation de mandats présidentiels soient pour les autres et non pour l’actuel locataire du palais d’Abidjan-Plateau. Une telle conception ne met pas la Côte d’Ivoire à l’abri d’une autre crise politique détestable.

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