Constant Boty (guitariste jazz) : "Aujourd’hui, je vis comme un troubadour"





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Guitariste jazz internationalement reconnu
Constant Boty (guitariste) : «Aujourd’hui, je vis comme un troubadour»
   
Méconnu dans son pays, mais très courtisé à travers le monde, l’Ivoirien Constant Boty, membre votant du réseau Jazz Education Network basé à Chicago, aux Etats-Unis, qui réunit tous les éducateurs de jazz dans le monde, est un excellent musicien, critique jazz, enseignant d’histoire de l’art (musique) et producteur. Le guitariste, qui revint des Etats-Unis où il a effectué un séjour artistique de 4 mois avec de grands noms de la musique jazz (notamment le pianiste venuzuelien Benito Gonsalez, le percussionniste Mino Cinelu, les guitaristes jazz Vic Juris, Kenny Wessel et Mick Stern) était de passage à Abidjan du 17 au 20 décembre dernier en partance pour le Ghana où il s’est établi depuis le début des années 2010. L’artiste a accepté, dans ce laps de temps, de se soumettre à nos questions à travers cette interview où il se dévoile. Entretien.
Notre Voie : Musicien ivoirien peu connu en Côte d’Ivoire, vous avez pourtant une belle carrière à l’international. Qu’est-ce qui peut bien expliquer cet état de fait ?
Constant Boty : Je pense que, dans le pays, je suis quand même connu par les anciens musiciens de jazz. Mais je suis parti du pays depuis 2007. C’est donc normal que le jeune public d’ici ne me connaît pas. Là, je suis de passage à Abidjan de retour des Etats-Unis. Mes anciens amis, ceux de la génération avec qui j’ai fait mes classes à l’Insaac, sont pour beaucoup devenus des musiciens et enseignent dans cet institut. Par ailleurs, nombreux musiciens de ma génération évoluent dans la musique en France.
Quelle a été votre formation de base ici à Abidjan ?
J’ai été formé en tant qu’instrumentiste à l’Insaac et le Conservatoire de musique. Mais j’ai aussi pris des cours à distance pour compléter ma formation avec le célèbre pianiste français Christian Jacob qui vit à Los Angeles.
Pourquoi avoir choisi comme credo le jazz ?
Je fais du jazz, mais aussi avec la recherche que je fais de notre patrimoine-je suis Gourou de Bouaflé-, j’essaie d’introduire le zaouli dans mon style de jazz. Pourquoi le jazz ? Cette musique parce que c’est d’abord une affaire personnelle. Le musicien essaie de jouer, de mettre en musique ce qu’il entend et ressent. Le jazz est la musique qui possède les armes qu’il faut pour déployer cette sensibilité interne. Et la première qualité d’un musicien, ce n’est pas de savoir jouer, mais c’est plutôt de savoir écouter. C’est ce que révèle le célèbre guitariste de jazz américain Pat Metheny, qui atteste aussi que la musique est la voix de l’émotion.
New York, selon les aficianos du jazz, est aujourd’hui la capitale mondiale de cette musique. Pat Metheny l’atteste. Mais quel est votre avis sur la question après y avoir séjourné ?
Je le pense aussi. New York foisonne de toutes les célébrités du jazz et voit séjourner les autres qui viennent du monde entier y faire leurs classes. C’est pourquoi le jazzman américain Pat Metheny aime à le dire : «Il y a deux classes de musiciens de jazz dans le monde. Il y a ceux qui sont allés à New York et ceux qui n’y sont pas allés. New York est la capitale du jazz et pour être reconnu comme un véritable pratiquant de cette musique, il faut d’abord y faire un tour, côtoyer les plus grands dans le domaine, apprendre d’eux et enfin se considérer comme un réel faiseur de jazz». Sa pensée résume tout.
Où pratiquez-vous votre art ?
Aujourd’hui, je vis comme un troubadour. Je vais où je trouve cette plateforme d’expression des sensibilités qui m’agréent. En 2017, j’ai passé 90 jours à Cap Town en Afrique du Sud. Sachez que Cap Town est la capitale du jazz en Afrique. J’y ai côtoyé la plupart des meilleurs musiciens sud africains dont le trompettiste Darren English, le batteur Andrew Swatz. J’y ai, en outre, animé des ateliers sur la guitare jazz, par exemple, à Observatory, qui est un quartier où est située l’Université de Cap Town. Observatory est un quartier, il faut le dire, d’expatriés, mais aussi un quartier d’étudiants. Et l’université qui s’y trouve a en son sein une des meilleures écoles de jazz en Afrique. 
Là-bas, à Cap Town, j’ai eu à jouer à deux reprises à Observatory Armchair. J’ai également collaboré avec la danseuse aérienne française Myriam Laurencin à l’Alliance du Cap, qui est l’équivalent des Instituts français. Notre spectacle a été beaucoup apprécié par la directrice des lieux, Sophie Jolibar.
Après le Cap, je suis allé à New York pour étudier la guitare jazz et l’improvisation à la New York Jazz Workshop, l’une des plus importantes écoles de jazz de New York où j’ai été formé par une légende de la guitare jazz, en l’occurrence l’Américain Vic Juris, mais aussi par le guitariste Kenny Wessel, l’ancien guitariste d’Ornette Coleman. Pendant que j’étudiais avec ces derniers, j’ai eu la chance de côtoyer d’autres célébrités du jazz. Notamment Mick Stern, l’ex-guitariste de Miles Davis, et son épouse Leni Stern. Cette rencontre a pu se faire grâce à Vic Juris qui avait déjà parlé de moi à Mick Stern en lui disant que je suis un jeune Africain qui possède une très belle approche de la guitare jazz avec des thèmes africains. Mick Stern m’a emmené avec lui, et ce, durant une semaine, à Washington D.C. où il se rendait à une résidence pour des spectacles.
Après Wahington D.C., j’ai rejoint à Baltimore, dans le Maryland, le pianiste venuzuelien Benito Gonzales (nominé par deux fois aux Grammy Awards) à Andie Music pour y jouer avec lui.
Le plus important moment de toute cette aventure musicale aux Etats-Unis a été ma participation en tant que musicien à l’anniversaire-gala de Making Medical History, soirée qui a permis de lever des fonds à hauteur de 500 millions de dollars américains pour les enfants vivant avec le Vih/sida. A cette soirée, il y avait des stars comme les actrices Sharon Stone et Kathleen Chalfant. 
Mais il ne faudrait pas oublier qu’aux Etats-Unis, j’ai également eu l’honneur de jouer, de collaborer avec de grands noms du jazz et autres musiques actuelles comme le musicien français Mino Cinelu, le Gambien Fode Musa Suso, Dj Logic, pour ne citer que ceux-là. Puis j’ai fait un saut dans l’Etat du Massachussetts où j’ai donné des concerts et animé des ateliers sur la pratique de la guitare jazz et les rythmiques africaines. 
Mon séjour aux Etats-Unis a duré 4 bons mois, du 12 août au 16 décembre 2018. Et j’y retourne bientôt, probablement en mars 2019.
Vous êtes installé à Accra, au Ghana. Que faites-vous là-bas ?
 A Accra, j’ai ma conciergerie appelée Mevicom Services. Mais aussi à Accra, j’organise régulièrement des spectacles comme promoteur. J’y tiens également des ateliers de formation sur la musique, l’entrepreneuriat culturel. J’étais, en outre, enseignant de guitare et musiques africaines à l’Ecole suisse-allemande ; ce qui a été une très bonne expérience dans mon parcours. Il faut retenir, par ailleurs, que j’ai été directeur du projet Volk Musik Verbindet, un projet du gouvernement allemand qui avait pour ambition de promouvoir la langue allemande dans les écoles allemandes de l’étranger. Dans ce cadre-là, de 2012 à 2016, j’ai eu à donner des cours en Allemagne, précisément à Leipzig, et à Kiev, en Ukraine.
De 2014 à 2016, à Accra, en collaboration avec l’Unesco et Thelonious Monk Institute of Jazz aux Usa, j’ai organisé et été directeur artistique de la Journée internationale du jazz qui se tient tous les 30 avril.
 Quels sont vos projets en 2019 ? 
Je rentre en studio, aux Etats-Unis, en mars 2019, pour la réalisation de mon deuxième album intitulé «Comme ci, comme ça», en plus des spectacles que je dois y donner en collaboration avec le saxophoniste jazz et éducateur Kris Allen qui est le directeur de l’Ecole de jazz de Williams College dans le Massachussetts. 
Retenez que, pour mon album, je vais travailler avec Benito Gonsalez que j’ai fais venir à Abidjan en novembre 2016 pour des ateliers et concerts à l’Insaac et on en a profité pour enregistrer les premiers titres de «Comme ci, comme ça» pour lequel il y aura à la batterie Craig Holidays Haynes, le percussinniste français Mino Cinelu, la chanteuse indiano-américaine Falu Shah qui vient d’être nominée aux prochains Grammy Awards aux Etats-Unis.
Vous avez des projets pour Abidjan ?  
Il y a d’abord des ateliers à animer, le 30 avril 2019, dans le cadre de la journée internationale du jazz en collaboration avec Thelonious Monk Institute of Jazz aux Usa. Mais il y a aussi ma propre tournée en Côte d’Ivoire avec le saxophoniste Marc Mommaas, qui est professeur de jazz à l’Université d’Etat de New York. Sans oublier une autre tournée encore en Côte d’Ivoire avec le saxophoniste Kris Allen, mon futur directeur du Département de jazz de Williams College.
 

Notre Voie 

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