Pulchérie Gbalet en prison, et maintenant ?







En la jetant en prison, les autorités ivoiriennes ont, sans s'en rendre compte, donné plus d'écho à la voix de Pulchérie Gbalet.

Le pouvoir Rhdp a l'art de rendre célèbres ses opposants. C'est le cas avec la présidente de l'ONG Alternative Citoyenne Ivoirienne (ACI). Pour la deuxième fois depuis 2020, cette militante de la société civile devenue une icône, a été conduite récemment à la Maca pour son militantisme. Une fois de plus, le régime d'Alassane Ouattara démontre qu'il manque de véritables stratèges en politique et en communication. Car, si ce régime en avait réellement, et surtout s'il les écoutait, il ne se serait pas montré si frileux comme il vient de le faire. En effet, à travers l'emprisonnement de cette dame, les autorités confirment à tous, les partisans du pouvoir y compris, qu'elles sont vraiment acculées par les sorties de cette activiste. Ce qui laisse croire que nos dirigeants se reprochent quelque chose dans l'affaire des 49 ivoiriens détenus au Mali. Une attitude aux antipodes de celle de la junte malienne, qui laisse librement s'exprimer ses citoyens opposés à la détention de ces soldats ivoiriens. En se montrant courroucés par le voyage de Pulchérie Gbalet à Bamako, par ses rencontres avec des acteurs de la société civile et avec des officiels maliens, de même que par ses déclarations et critiques à l'endroit des autorités ivoiriennes à qui elle a reproché leur orgueil et un immobilisme devant cette affaire, les gouvernants ivoiriens donnent du poids à ses prises de position.  Mais au delà de sa fébrilité et de sa frilosité, le pouvoir ivoirien démontre, hélas une fois de plus, qu'il n'accepte pas la critique et qu'il ne respecte pas réellement la liberté d'expression, qui est pourtant l'un des premiers droits reconnus à tout citoyen par la Constitution. Ainsi, au lieu de trouver des arguments pour démentir les déclarations de la présidente de ACI, le pouvoir a choisi son raccourci préféré, l'emprisonnement. Pourtant, l'action de Pulchérie Gbalet a toujours été pacifique. Elle a choisi de donner, en toute légitimité, son avis sur un sujet d'intérêt national. Là où les citoyens attendent plus d'éclairages du gouvernement sur ce dossier des 49 militaires et de la contradiction pour confondre l'activiste après son déplacement au Mali, l'on a choisi de la faire taire par la force en instrumentalisant encore la justice. Et, ce choix est contre-productif. Aux yeux du monde, il renforce les doutes sur la mission réelle des militaires ivoiriens interpellés au Mali et sur les intentions réelles des autorités qui les y ont envoyés. Loin de contribuer au dénouement à l'amiable de cet différend entre les deux pays, cette détention peut, au contraire, avoir un effet négatif sur les négociations en cours.  Par ailleurs, en espérant la réduire au silence, ceux qui ont fait emprisonner Mme Gbalet l'ont davantage victimisée et se sont mis à dos les défenseurs des droits de l'Homme en Côte d'Ivoire et dans le monde. Pour preuve, les déclarations appelant à sa libération se multiplient depuis son arrivée à la Maca suite à son inculpation. Parmi les personnes physique ou morale qui ont déjà exigé cette libération, on peut citer le Parti des Peuples Africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI) l'Observatoire Ivoirien des Droits de l'homme (OIDH), l'expert onusien Alioune Tine, etc. Ces déclarations, qui vont sans doute continuer à se multiplier, vont à travers le monde, attirer plus d'attention d'abord sur la personne de Pulchérie Gbalet, ensuite sur les raisons de l'acharnement dont elle fait l'objet. Faisant de ceux qui la persécutent, les vrais coupables à plusieurs titres.                     

  Cissé Sindou

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