Affaire 49 soldats ivoiriens, emprisonnement Pulchérie Gbalet, retour en Côte d’Ivoire : depuis la Haye, Blé Goudé donne sa position





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Le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep), Charles Blé Goudé, s’est prononcé sur plusieurs sujets brulants de l’actualité, notamment l’affaire des soldats ivoiriens détenus au Mali, l’emprisonnement de Pucherie Gbalet et de son retour en Côte d’Ivoire après l’obtention de son passeport.

Ivoiriens, Ivoiriennes,

Peuples d’Afrique

Après un moment d’observation, j’ai trouvé nécessaire de m’adresser à vous. En effet, depuis le 10 juillet 2022, 46 de nos soldats ivoiriens, en considération de la libération des trois femmes d’entre eux, demeurent toujours incarcérés au Mali. Les raisons de la présence des soldats ivoiriens sur le sol malien ont déjà fait couler beaucoup d’encre et de salive ; donnant lieu à des versions aussi différentes et contradictoires les unes des autres. Vous comprenez dès lors, que là n’est pas l’objet de la présente déclaration.

Ce qui est en jeu ici, c’est la vie de quarante-six (46) de nos concitoyens ivoiriens qui sont emprisonnés à l’extérieur de la Côte d’Ivoire depuis maintenant deux mois. En tant qu’Ivoirien, leur situation m’interpelle. Je suis certes un opposant, mais je revendique mon patriotisme, pas un patriotisme saisonnier à géométrie variable. Je ne transige pas avec mes principes.

Ce qui est aussi en question ici, ce sont les relations entre deux pays voisins, deux pays frères, deux pays africains, la Côte d’Ivoire et le Mali. En tant que panafricain, je ne saurais non plus être indifférent à une telle situation de tension.

A présent, je voudrais avoir une pensée pour les soldats ivoiriens détenus au Mali. A vous, chers frères soldats ivoiriens, je comprends l’épreuve, la douleur que vous vivez depuis deux mois, et je voudrais témoigner toute ma compassion à vous et vos familles respectives. Comme tous le savent, cela fait onze longues années que je suis à l’extérieur de mon pays pour les raisons notoirement connues, et sur lesquelles il ne me semble point utile de revenir ici. Je suis donc bien placé pour savoir ce qu’est la prison. Dans l’épreuve de la prison, ce qu’il y a de plus piteux, c’est qu’avant d’être des prisonniers, on est d’abord un père ou une mère de famille, un époux, une épouse, un fils ou une fille, un tuteur ou une tutrice.

Emprisonner donc une personne, c’est emprisonner la quiétude de toute une famille ; c’est emprisonner souvent même l’avenir de leur progéniture ; c’est emprisonner le sommeil de personnes aux yeux de qui compte la personne incarcérée, mais surtout de qui leur vie dépend.

Pour moi, au-delà de nos différends et nos différences politiques, ces Ivoiriens détenus à l’extérieur et leurs familles ont besoin de notre soutien, de notre solidarité. C’est pourquoi la retenue et la mesure devraient être de mise en pareille circonstance, afin de permettre à la diplomatie de faire son travail, qui du reste rime avec discrétion. Comme quoi, ce n’est pas parce que nous ne voyons rien se passer qu’il ne se passe rien. Et, la libération des trois soldats femmes parmi les quarante-neuf militaires, illustre à profusion cette assertion.

A l’endroit des autorités et de mes frères et sœurs du Mali, je voudrais dire quelques mots. Chères frères et sœurs, je sais que la situation sociopolitique et sécuritaire de votre pays, le Mali, vous appelle à plus de vigilance, ce qui est d’ailleurs normal et compréhensif. En tant que panafricain, la situation du Mali me préoccupe aussi. Chaque fois qu’un enfant du Mali est tombé sous les balles assassines du terrorisme, mon cœur s’est déchiré. Chers frères et sœurs du Mali, dans les rapports entre les peuples et même au sein d’une même famille, il arrive souvent des écorchures, des situations que notre raison s’explique difficilement. Mais, il est aussi des circonstances où il vaut mieux avoir la paix que d’avoir raison. La fragilité de la situation sécuritaire de la sous-région ouest-africaine exige que nous puissions mutualiser nos efforts, car des défis majeurs nous attendent. C’est pourquoi je salue la libération des trois soldats femmes parmi les 49 militaires ivoiriens. Ce geste de décrispation, à n’en point douter, contribuera à une désescalade de la tension entre nos deux pays. Il laisse poindre à l’horizon l’espoir d’un retour prochain des autres soldats encore en détention.

Ce qui nous permettra, main dans la main, d’aller à l’assaut de deux ennemis communs. L’un sans visage, qui hante et déstabilise la sous-région ouest-africaine. C’est le terrorisme. Niger, Mali, Burkina Faso, Togo, Bénin en paient chaque jour le prix cher. A la surprise générale, la Côte d’Ivoire a même été attaquée jusqu’à Bassam, sa célèbre station balnéaire. Qui l’eu crut ? Le deuxième ennemi, c’est la pauvreté. Fuyant la pauvreté et le désespoir, la jeunesse africaine, atout majeur de notre continent, défie chaque jour la mort dans la méditerranée. C’est une honte pour notre Afrique.

Peuple africain, ne nous trompons donc pas d’adversaire. Car quand on frappe le lézard, le margouillat s’apprête.  Africains, Africaines, chers frères et sœurs du Mali, multiplier les rencontres, engager un plan d’actions concertées, sensibiliser et rassurer nos populations au sujet du terrorisme et la pauvreté, telle devrait et telle doit être notre combat commun. C’est le lieu de saluer toutes les parties qui au niveau sous-régional et régional, se sont impliquées et continuent d’œuvrer à la recherche d’une solution diplomatique pour ramener la confiance entre la Côte d’Ivoire et le Mali.

A ce stade de mon propos, je voudrais aussi dire à mes sœurs et frères ivoiriens que les contradictions et autres différends nationaux, il en existera toujours entre nous. C’est le propre de la vie en société. Pourtant, il nous faut développer la culture de régler les questions nationales dans un cadre national, c’est-à-dire chez nous et entre nous : telle est la vision que j’ai de la construction d’une nation ivoirienne. Il nous faut faire des efforts individuels et collectifs pour tourner définitivement la page de notre histoire récente, aussi douloureuse soit-elle.

Tourner la page, ce n’est pas arrêter d’écrire l’histoire. C’est bien au contraire continuer à l’écrire de façon encore plus belle, mais sans ratures. Une telle démarche, gage d’un sursaut national qui nous permettra de nous concentrer sur l’essentiel, appelle à un dépassement de soi. Pour y parvenir, la situation sociopolitique de notre pays nécessite d’être davantage apaisée en épongeant avec courage l’amère ardoise de la crise de 2011 à aujourd’hui.

C’est le lieu pour moi de saluer les efforts de décrispation déjà consentis par le président de la République et son gouvernement. Toutefois, je voudrais que se poursuive cet élan de prise de mesures d’apaisement par la libération des prisonniers civils et militaires en rapport avec les différentes crises électorales qui ont malheureusement endeuillé notre pays. A ces différentes mesures, j’associe la libération de notre concitoyenne Pulchérie Gbalet, récemment écrouée à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan. Son élargissement témoignera de notre capacité à nous pardonner les uns les autres.

Au niveau social, à l’occasion de la traditionnelle adresse à la nation, le 06 août dernier, le président de la République a pris des mesures en faveur des fonctionnaires et agents de l’État. Je salue ces mesures et je demande qu’elles puissent s’élargir à l’ensemble des couches sociales.

A Présent, parlons de mon retour en Côte d’Ivoire. Ils sont nombreux, les Ivoiriens et Africains qui s’expliquent difficilement que je ne sois pas encore rentré au pays alors que je suis désormais en possession de mon passeport depuis le 30 mai 2022. Je les comprends. A tous, je demande juste encore un peu de patience et nous nous retrouverons très bientôt. Mais, comme je l’ai déjà dit, j’ai quitté mon pays sur fond de crise, mon souhait est d’y retourner dans un climat de quiétude. Je voudrais rassurer les uns et les autres que des discussions sont en cours entre les autorités ivoiriennes et mon équipe, comme cela a été le cas pour tous les autres acteurs politiques qui sont rentrés d’exil avec l’accord du président de la République. Je dis bien tous. Je ne continue donc pas de rester ici à La Haye par ma propre volonté comme tentent de faire croire certaines mauvaises langues. Dès qu’une date consensuelle sera convenue avec les autorités, elle vous sera officiellement communiquée. Pour l’heure, ce qui compte et prime, c’est la contribution à un climat de paix dans mon pays. Individuellement ou collectivement, dans le respect de nos différences politiques, chaque fille et fils de la Côte d’Ivoire est appelé par ce devoir patriotique. 

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire

Vive la Côte d’Ivoire

Vive le Mali

Vive l’Afrique entière

 Je vous remercie.

Fait à La Haye le 08 Septembre 2022

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