Bédié, Ouattara et Gbagbo : un cas embarrassant





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Les partisans des doyens de la classe que sont Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo vivent depuis quelque temps une situation que connaît aujourd’hui l’Europe dans le conflit ukrainien. Comment soutenir honnêtement et avec détermination un pays dont on sait qu’il est le plus corrompu de la région quand dans le même temps, il fait face à l’ennemi juré, la Russie ?

Voilà la question à laquelle l’Europe occidentale tente de donner une réponse depuis environ dix mois. Cette question est d’autant importante que le président ukrainien fait partie du lot d’hommes d’Etat européens qui ont placé d’immenses fortunes dans des paradis fiscaux avec, sans doute, de l’argent obtenu frauduleusement.

D’ailleurs, la fraude a tellement gangrené le système politique ukrainien que toutes celles et tous ceux, en occident, qui craignaient que l’aide apportée en masse à ce pays pour faire face à la Russie ne se retrouve chez l’ennemi viennent d’avoir, hélas, raison. Les armes, lourdes et légères, qui sont envoyées en Ukraine sont vendues en grande partie sur le marché noir.

Selon plusieurs spécialistes, elles se retrouvent en Finlande, en Pologne, au Nigeria et, ô Dieu ! chez l’ennemi russe. Au point où les Russes ont déjà trouvé la parade aux canons Caesar qui font la fierté de la France. Dès qu’ils ont eu dans leurs mains ce canon français, ils sont entrés en labo, l’ont démonté et ont tout de suite su comment le contrer. De sorte que cette arme française dont on disait qu’elle était tranchante ne vaut plus rien devant la technicité russe.

Mais malgré tout ce qu’ils savent sur ce régime ukrainien, les Européens continuent de soutenir le pays de l’artiste-comédien-président. Comme le font les supporters des trois grands leaders ivoiriens qui polarisent toutes les tensions, les attentions et les frustrations dans ce pays. Comme les Européens, ils semblent n’avoir pas d’autres choix que de s’aligner derrière ces leaders malgré ce que ce choix représente de nuisible pour eux.

Ces trois leaders, avouons-le, ont chacun une histoire particulière avec chacun des militants et, surtout, avec le parti qu’ils ont fortement contribué à créer ou à entretenir. Le résultat est que leurs différents entourages ont du mal à imaginer une quelconque succession au sein de leur formation politique. Même les jeunes pour lesquels l’opinion demande à haute voix le rajeunissement de la classe politique, sont les premiers à proposer que soient conservés à leurs postes ces doyens.

Au PDCI, les présidents de jeunesse du vieux parti que sont Valentin Kouassi et Innocent Yao militent activement pour la reconduction du «vieillard» à la tête du parti. Né vers 1934 à Dadiékro, Bédié va allègrement sur ses 90 ans. On aura compris que la tête du parti est la voie royale pour être le candidat naturel à l’élection présidentielle de 2025.

Au RHDP de Ouattara, c’est le ministre Mamadou Touré qui a embouché la trompette d’un quatrième mandat pour son mentor qui a fêté ses 81 ans dimanche 1er janvier 2023. Comme ici on sait bien faire les choses, on enrobe le comprimé amer pour le faire avaler le plus aisément du monde. Citons le jeune ministre : « S’il veut faire un 2è mandat de la IIIè République, s’il le souhaite, on va le soutenir ». Puis, comme pour ne pas faire durer longtemps le suspense, il assène : « Et il va se présenter pour le 2è mandat de la IIIè République ». Point.

Du côté du PPA-CI de Laurent Gbagbo, 78 ans en mai prochain, on n’y va pas avec le dos de la cuillère pour réclamer sa candidature à l’élection présidentielle prochaine. Et, comme toujours, ce sont les jeunes qui prennent la parole et qui tonnent. C’est le cas du secrétaire général Damana Adia Pickas, du porte-parole Justin Katina Koné et de Justin Koua, ancien responsable de la Jeunesse. Tous ne voient personne d’autre que Laurent Gbagbo.

Mais alors, qu’est-ce qui les aveugle tant ? Rien à part peut-être leur trop grande lucidité. Que ce soit au PDCI, au RHDP ou au PPA-CI, on estime, sans doute à raison, que si l’un des trois est candidat de son parti, pour arriver à le battre, il faut absolument un ou les deux autres en face de lui. Voilà leur logique. Elle ne repose sur aucune base scientifique ni même sur un empirisme des plus primaires. 

Bien souvent, la réalité est tout autre. C’est avant tout la peur de perdre, d’être battu. Mais surtout, la peur de perdre des avantages acquis auprès du « père », du « vieux », comme ces leaders sont appelés dans leur partis. La preuve la plus manifeste est qu’ils sont souvent, en privé, les premiers à implorer Dieu pour que « le vieux se barre » et laisse la place aux plus jeunes.

Sinon il est difficilement concevable que des jeunes qui savent qu’en leur sein existent des hommes et des femmes capables de remplacer efficacement le vieux, prennent de leur temps pour expliquer à chaque fois que « le chef est irremplaçable ». Mais pour qui connait le fonctionnement des institutions traditionnelles en Afrique, la gérontocratie y joue un rôle primordial. Quand vous y ajoutez les raisons évoquées plus haut, vous comprenez pourquoi la Côte d’Ivoire pourrait avoir à sa tête, en 2025, un chef du troisième âge.

De toute évidence, la situation dans laquelle se trouvent ces jeunes et qui ne leur offre aucune piste de solution en dehors de la réponse naturelle, équivaut au règlement d’un problème mathématique auquel le monde des maths n’a jamais pu trouver de solution avant de jeter l’éponge. Comment parvenir à « quarrer un cercle », c’est-à-dire à trouver un carré dans un cercle de même surface, est la question qui est soumise aux jeunes du PDCI, du RHDP et du PPA-CI. Nous sommes dans la quadrature du cercle. Embarrassant et insoluble.

Abdoulaye Villard Sanogo

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