Aboisso : Pour avoir ramassé des graines dans un champ de la Palmci, 4 jeunes femmes jetées en prison





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Quatre jeunes dames ont écopé de 10 jours d’emprisonnement et d’une amende collective de 100.000 Fcfa, ce jeudi 3 février au Tribunal d’Aboisso. Ces jeunes dames ont été reconnues coupables des faits de vols, car elles se sont introduites, sans autorisation préalable, dans les champs de la Palmci pour ramasser des graines de palme. Il s'agit des dames R.D 19 ans, A.O 22 ans, K.K 28 ans, H. A 22 ans, toutes des illettrées et des sans-emplois. Et parmi elles, une porte une grossesse, et deux autres ont des enfants de moins d’un an.

A la fin de l'audience, Me Boto M’Bouké Léon Paul, qui a assuré la défense de ces jeunes dames, nous a expliqué qu'elles devraient bénéficier des circonstances atténuantes. "L’affaire concerne 4 jeunes filles qui étaient poursuivies pour vol de graine dans les plantations de la Palmci. Elles sont poursuivies pour vol parce qu’on estime qu’elles se sont introduites dans les champs pour ramasser des graines qui étaient à terre sans avoir demandé la permission. Elles ont été entendues, placées sous mandat de dépôt, et déférées devant le tribunal ce matin pour répondre de ces faits-là", a-t-il expliqué, puis d’ajouter :

"On peut leur reprocher des faits, mais les circonstances... Elles sont illettrées, elles ne savent même pas distinguer une propriété. Ensuite ce sont des indigentes, elles n’ont même pas d’emplois. Et quand je les vois entrer dans la salle d’audience avec des enfants de 6 et 9 mois en main, en dehors d’être avocat, je suis un homme, donc je ne peux rester insensible face à de tels faits, c’est ainsi que nous avons décidé d’assurer gratuitement leur défense. Le parquet a requis 15 jours, nous avons demandé à la juridiction de couvrir la détention, mais le tribunal a estimé qu’elles devront encore passer deux ou trois jours en détention avant de sortir. Nous respectons cette décision. Mais nous aurons préféré que leur détention soit simplement couverte et qu’elle retrouvent aujourd’hui même la liberté".

Ce procès a également mobilisé des organisations de la société civile qui ont pris position pour ces jeunes dames. Il s’agit notamment de l’Ong Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE Côte d’Ivoire) et Réseaux des femmes braves de Côte d'Ivoire (REFEB) dont les 4 jeunes dames sont membres.

Ces deux organisations ont déploré l’action des responsables de la PALMCI, qui ont préféré porter l'affaire devant les tribunaux, "oubliant le cadre qui existe entre REFEB et elles, dans le cadre des règlements des problèmes liés à la cohabitation des riverains des plantations agro-industrielles".

La présidente du Rejeb, Boyo Josiane, a dit ses regrets: "Quand il y a un problème avec ces femmes, nous allons vers eux (les responsables des industries), pour trouver une solution aux problèmes des femmes. C’est une sorte de collaboration, mais quand on vient directement au tribunal, je me dis qu’il n’y a pas de collaboration".

De son coté, Nahounou Daléba, chargé de la justice sociale à Jeunes Volontaires pour l’Environnement ( JVE Côte d’Ivoire), a déploré une tout autre réalité: "Avec les plantations agro-industrielles, avec l’accaparement des milliers d’hectares au détriment des communautés, ça devient de plus en plus difficile. Palmci, c’est autour de 40.000 hectares dans cette zone et ces plantations, dont des domaines, que les communautés ont cédé à l’Etat de Côte d’Ivoire pour organiser son développement… Mais voilà qu’il n’y a pas de dose d’humanisme dans les actions de ces sociétés qui sont venues s'installer.  Arrêtez des femmes qui ramassent des graines, c’est vrai que ces graines appartiennent à la Palmci, mais on pourrait comprendre la dimension sociale, et même former ces jeunes dames à travailler dans les champs", a-t-il proposé.

Avant le début du procès, le juge, une femme, a annoncé à l'auditoire que Palmci venait de retirer sa plainte. Mais, dira-t-elle, ces jeunes dames se sont introduites dans un espace qui ne leur appartient pas pour dérober des graines. Le fait de vol étant avéré, elle se sent dans l'obligation de les garder en prison.

Gaël ZOZORO

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