Guides religieux, chefs coutumiers, c’est le moment !





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Même si certains tentent de le nier, la Côte d’Ivoire s’installe dangereusement dans une crispation pré-électorale aux lendemains incertains. Ce ne sont encore que des joutes verbales, mais elles sont à prendre au sérieux car elles peuvent représenter des signes avant-coureurs d’une escalade.

En effet, la tension monte entre partisans d’Alassane Ouattara et de Laurent Gbagbo depuis la publication de la nouvelle liste électorale provisoire le 20 mai 2023 par la Commission Electorale Indépendante (CEI). Comme vous le savez, le nom de l’ex-Chef de l’Etat ne figure pas sur cette liste. Le PPA-CI, le parti qu’il préside a réagi le même jour.

Face à la presse, son porte-parole Justin Katinan Koné, a dénoncé une « provocation » et tenu le « gouvernement responsable des risques de troubles ». En réponse, le Secrétaire exécutif du Rhdp a déclaré dans les colonnes du Patriote que Gbagbo ne peut pas figurer sur la liste électorale parce qu’il a perdu ses droits civiques suite à sa condamnation par la justice ivoirienne. Nous sommes donc face à un blocage.

D’où notre appel aux guides religieux et aux chefs traditionnels censés être au-dessus des palabres mondains et politiciens et qui doivent, dans toute bonne société africaine, constituer un recours pour interpeller et inviter les politiciens à la sagesse. Certes, ils n’ont toujours pas été écoutés, et on en sait les conséquences. Par exemple, en 2000, face aux intentions d’exclusion d’Alassane Ouattara par la nouvelle Constitution à l’époque, l’imam Boikary Fofana n’a pas hésité à avertir publiquement le général Guei Robert quant aux risques de ce projet.

De même, en 2020, Jean-Pierre Cardinal Kutwa a courageusement demandé au Président Ouattara de renoncer à son 3e mandat. Ces appels n’ont pas été entendus, il s’en est suivi des milliers de morts dans des troubles socio-politiques, mais l’histoire retient que ces guides ont joué leur rôle. C’est pourquoi, nous les invitons à nouveau à agir.

Peut-être leur action sera-t-elle productive cette fois-ci s’ils parviennent à convaincre le chef de l’Etat à œuvrer (en faisant voter une loi d’amnistie par les députés de son parti majoritaire au Parlement, ou en usant d’autres voies que lui offre la Constitution) au rétablissement des droits civique et politique de Laurent Gbagbo. La Côte d’Ivoire peut et doit faire l’économie d’une nouvelle crise. Inutile de perdre du temps dans des démonstrations juridiques, même si juridiquement nous pensons que le PPA-CI est fondé à exiger la réintégration de son président à la liste électorale comme recommandé par une décision de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples rendue en 2020.

D’ailleurs, le refus d’exécuter cette décision de la Cour Africaine est une négation du droit par les autorités ivoiriennes. C’est donc pour des raisons politiques que Laurent Gbagbo n’a pas encore été réintégré. Il ne l’est pas parce qu’Alassane Ouattara ne l’a pas encore décidé, pour des raisons que lui seul connait. Quoi qu’il en soit, cette stratégie est politiquement contre-productive. D’abord elle crée une menace sur la stabilité et sur les investissements économiques. Ensuite, elle représente un autogoal pour le Rhdp car elle contribue à victimiser Gbagbo et à le rendre plus célèbre avant sa probable candidature à l’élection présidentielle de 2025 face à Alassane Ouattara. Car il est inimaginable, en effet, que Ouattara se porte candidat à cette élection sans faire en sorte que Gbagbo puisse également postuler. Il nous semble donc suicidaire pour le régime de faire perdurer cette exclusion dont Gbagbo tire des dividendes chaque semaine.

Ne l’oublions pas, Gbagbo a déjà gagné toutes ses batailles judiciaire et politique face au pouvoir Ouattara après son transfèrement à la CPI en 2011.

Cissé Sindou

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