Hyper-présidents à Abidjan et à Dakar







Hyper-président à la tête de la France durant son unique et catastrophique mandat présidentiel (2007-2012), aussi bien au plan intérieur qu’à l’international, Nicolas Sarkozy a visiblement inspiré certains chefs d’Etat de l’espace francophone africain. Deux cas retiennent notre attention. Il s’agit du Sénégalais Macky Sall et de l’Ivoirien Alassane Ouattara.

L’un n’était pas l’hyper-président qu’il a décidé de devenir depuis son élection pour un second mandat, le 5 mars 2019. Quant à l’autre, il n’a véritablement jamais cessé de l’être. Cela depuis son arrivée au pouvoir en avril 2011 suite à la crise postélectorale qui a déchiré la Côte d’Ivoire.

Fort sans doute du plébiscite dont il a jouit au premier tour du scrutin présidentiel (58,27% des suffrages exprimés), Macky Sall s’estime légitimé jusqu’ à la moelle pour diriger en solo le Sénégal et ses 15,87 millions d’habitants. Il envisage donc très rapidement de supprimer le poste de Premier ministre pour affecter les prérogatives de la Primature au Secrétaire général de la présidence.

Après son investiture, Macky Sall a d’ailleurs reconduit le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne tout en lui confiant la mission de mener le projet de suppression du poste de Premier ministre. La réforme qui devrait passer par l’Assemblée nationale fera basculer le Sénégal dans un régime présidentiel intégral. Fait notable, l’actuel Premier ministre pourrait devenir le nouveau Secrétaire général de la présidence. Avant la Primature, Macky Sall avait supprimé le Sénat au motif que la seconde chambre est budgétivore. Le poste de vice-président de la République a été également rayé du tableau de bord. Macky Sall est désormais, seul à bord. Sans véritable co-pilote pour conduire l’exécutif avec lui. Donc sans conscience opposée. Pourra-t-il résister à la tentation dictatoriale intégrale ?  Rien ne semble exclu pour un hyper-président. On l’a vu avec Nicolas Sarkozy en France.

 

Et on le constate avec Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire. Parvenu au pouvoir dans les conditions que l’on sait, il semble faire de l’hyper-présidence un paravent de son rejet du contre-pouvoir. Même s’il a maintenu le poste de Premier ministre, pendant longtemps la Primature est restée un simple faire-valoir en termes de décisions de gouvernance du pays devant le shadow cabinet installé à la présidence de République qui prenait toutes les décisions. Ouattara piétine continuellement la Constitution et le principe de séparation des pouvoirs. L’exemple le plus éloquent fut la démission récente du président de l’Assemblée nationale sous la forte pression du chef de l’Etat. L’exécutif a embastillé le législatif. Mais aussi le pouvoir judiciaire. Au point qu’ulcérés, les magistrats, dans une déclaration commune diffusée, en janvier dernier, et  portée par leurs deux associations (Union nationale des magistrats de Côte d’Ivoire et l’Association syndicale de la magistrature) ont vigoureusement dénoncé des pressions et des intimidations, notamment de la part du pouvoir. Ils ont même interpellé Alassane Ouattara sur la nécessité d’assurer la séparation des pouvoirs. L’hyper-présidence côtoie rarement la démocratie et cela apparaît prégnant sous nos tropiques. Au grand dam des populations, de plus en plus jeunes et ouvertes au monde, qui aspirent au changement.

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