L’Afrique bondit à l’ONU comme un tigre





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Auteurs de discours très offensifs lors de la 78è Assemblée générale de l’ONU qui se tient à New York du19 au 26 septembre 2023, les pays africains ont sans nul doute volé la vedette à leurs homologues sud-américains ou asiatiques, habitués des lancers de flèches en direction de l’Occident colonisateur. Et, comme pour ne pas avoir à entendre ces diatribes très attendues, les pays appelés grandes puissances ont boudé ce rendez-vous annuel des dirigeants du monde.

C’était l’occasion à ne surtout pas rater pour marquer leur présence et révéler au monde que l’Afrique refuse désormais de « proclamer sa tigritude » et a décidé, comme le tigre, de « bondir sur sa proie ». Les chefs d’Etat et de gouvernement présents à New York, se sont sans doute souvenus de l’appel pressant lancé en 1962 par le célèbre écrivain nigérian Wole Soyinka en direction de ses frères écrivains francophones afin qu’ils soient plus offensifs dans leurs réclamations.

Très courtisés depuis la guerre en Ukraine qui a mis sous la lumière « la méchanceté destructrice des Occidentaux » qui les a poussés à se braquer et à observer, les Africains n’ont pas cherché midi à quatorze heures pour comprendre que la refonte du monde ne peut se faire sans eux. Poussés par leurs jeunesses qui ne veulent plus marcher les yeux au sol, les chefs d’Etat africains ont saisi l’occasion de la division de l’Occident pour se tailler de nouveaux costumes de chefs décidés à renverser la table de jeu géo-politique et géo-stratégique.

N’ont-ils pas obtenu, avec cette théorie du point fixe (nous empruntons l’expression à feu Henri Konan Bédié), leur entrée en fanfare au sein du G20 comme membre à part entière lors du dernier sommet qui s’est tenu les samedi 9 et dimanche 10 septembre à New Delhi en Inde ? Pourtant, depuis le 25 septembre 1999, date de la création de cet instrument financier et économique à Washington après la crise financière asiatique, il a toujours été fermé hermétiquement aux pays qu’on appelle aujourd’hui pays du Sud global (pays qui ne sont pas alignés sur l’Occident et principalement sur l’Union européenne).

Dans un environnement aussi propice où les prédateurs d’hier n’ont plus les coudées franches, « se cachent pour mourir » et sont même pourchassés, la voie était toute tracée pour que la voix de la dignité et la prospérité africaines s’exprime haut et fort à la tribune des Nations unies. Du Togo au Mali en passant par la République de Guinée et bien d’autres Etats au sud du Sahara (48 pays pour une population de 1 022 664 451 d’habitants en 2017), tous ou presque ont embouché la trompette des relations internationales basées sur le réel respect mutuel, le vrai partenariat gagnant-gagnant et la mise à mort du paternalisme, de la condescendance et la duperie.

Tout bien pesé, les pays du Sud global sont devenus très forts. Leur théorie du point fixe a si bien fonctionné qu’ils sont en train de rendre les Etats autrefois très forts, arrogants et méprisants en pays « doux et attentifs ». Tenez ! A la tribune des Nations unies le mardi 19 septembre 2023, le tout puissant président américain a surpris plus d’un en faisant les yeux doux au Sud Global. Ce qui n’a pas échappé au confrère français Médiapart qui a consacré un article à cette nouvelle attitude.

« Avec la guerre contre l’Ukraine, la Russie de Vladimir Poutine s’est construite en symbole de la résistance contre la domination des États-Unis, et instrument de revanche du monde non-occidental. Devant les Nations Unies, Joe Biden a dû en tenir compte et s’adresser au [Sud global] ». Pour Médiapart, « Joe Biden a opéré un changement sémantique frappant sur l’Ukraine : disparu le récit d’une grande lutte mondiale des « démocraties contre les autocraties », remplacé par un nouveau discours plus attentif au [Sud global] (le monde non-occidental) et à ses préoccupations »

De son côté, la Russie, par la voix de son légendaire ministre des Affaires étrangères, a fait une plaidoirie pour la présence permanente au sein du Conseil de sécurité de l’ONU d’un pays représentant de l’Afrique afin de rendre le Conseil plus représentatif des pays en voie de développement notamment. Le ministre russe a poursuivi affirmant que pour son pays, « (…) il est évident qu'il n'y a pas d'autre voie, mais les États-Unis et les pays occidentaux qui leur sont subordonnés continuent d'engendrer des conflits qui divisent l'humanité en blocs hostiles. Ils font tout pour empêcher la formation d'un ordre mondial juste et véritablement multipolaire. Ils cherchent à forcer le monde à jouer selon leurs règles étroites et intéressées ».

Le tigre africain a bondi. Il ramasse les proies qu’il met au fond de sa gibecière. Désormais chacun bondit à sa façon pour remettre tout en ordre. De sorte que, quand il tombe du ciel africain des gouttes de pluie, le continent européen soit mouillé. Pour un juste retour des choses.

Abdoulaye Villard Sanogo

 

 

 

 

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