CEI : que faire des casseurs d’urnes ?





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C’est étalé désormais sur la place publique. Les élections organisées par la Commission électorale indépendante (CEI) comportent trop, beaucoup trop de failles. Les toutes dernières du genre, qui se sont tenues le 2 septembre 2023, n’ont pas fait exception à ce qui est désormais une règle établie dans le fonctionnement de cette institution chargée de gérer les élections en Côte d’Ivoire. Il n’y a qu’à regarder le nombre de réclamations déposées à la CEI par des candidats déclarés malheureux au niveau local et les annulations de victoires décrétées par le Conseil d’Etat, organe en charge du contentieux électoral.

Selon plusieurs observateurs et spécialistes dans le contrôle des élections, la CEI devrait se revoir et changer sa façon de se déployer sur le terrain. Car toutes les failles détectées dans le déroulement des élections ont un point commun : la faillite morale ou l’incompétence des agents de cet organe qui président les bureaux de vote. Prenons les litiges point par point et essayons de les expliquer afin de situer les responsabilités.

. La duplicité 1. Au cours des élections du 2 septembre dernier, les observateurs ont remarqué que dans certains bureaux de vote, les bulletins avaient des stigmates dans le dos. Ce qui, au moment du décompte des voix, les rendaient nuls. Explications. Certains candidats s’entendent avec les responsables des centres de vote pour entacher la sincérité du maximum de bulletins dans les centres reconnus comme étant les fiefs de leurs adversaires. En mettant des signes derrières ces bulletins de vote, ils sont sûrs qu’au moment du comptage, ces bulletins seront déclarés nuls. Et si les représentants des candidats de ces lieux de vote ne sont pas vigilants, ils n’auront que leurs yeux pour pleurer au moment clé. Les responsables de la CEI doivent changer cela.

. La duplicité 2. L’autre remarque qui a été faite pendant ce vote récent, c’est le fait pour les présidents de bureau de vote de ne pas marquer sur les procès- verbaux les incidents survenus pendant la journée. Si l’on prend la circonscription électorale la mieux médiatisée, on se rend compte de l’incompétence ou de la duplicité des agents électoraux formés par la CEI. Là-bas, des difficultés techniques survenues le matin n’ont pas permis l’ouverture des bureaux de vote à temps. Du coup, la décision a été prise de prolonger l’heure de la fermeture des bureaux de vote. Ces problèmes connus n’ayant pas fait l’objet de procès-verbal accompagnant les résultats des votes, un candidat perdant a saisi la CEI (Conseil d’Etat) et obtenu l’annulation de l’élection. La faute est pourtant de l’organe électoral dont les présidents ont été défaillants.

. La duplicité 3. Les saccages des urnes. C’est une longue tradition. Si par le passé ce n’est pas par préméditation que des électeurs s’attaquent aux urnes, aujourd’hui, saccager les urnes fait partie des stratégies que des candidats mettent en place afin d’obtenir, au final, l’annulation du scrutin. La preuve que le saccage des urnes n’est pas spontané est donnée par le choix des urnes et le centre de vote. Les casseurs choisissent toujours le fief de leur adversaire le plus redoutable pour faire leur opération. Et ladite opération ne commence que lorsqu’ils sentent que les jeux sont faits et que leur mentor, en retard, ne peut plus rattraper le peloton de tête. Généralement, pour ne pas dire, chaque fois, l’appartenance de ces casseurs se sait automatiquement dans leurs propos qui soutiennent fermement « le boss », dans les habits qu’ils portent à l’effigie de leur candidat. Tous ces éléments devraient suffire pour disqualifier le commanditaire sur-le-champ ou à tout le moins à la fin du processus. Mais ce n’est pas le cas. Dans le meilleur des cas, les casseurs sont interpellés puis relâchés après ou même condamnés à une légère peine. Mais jamais les commanditaires dont les casseurs portent la stratégie.

. La duplicité 4. Le manque de signatures sur les PV. Elément central de la formation des agents de la CEI et des représentants des candidats, l’absence de signature des représentants de candidats et de ceux de la CEI au bas des PV a retenue aussi l’attention des observateurs. Comment expliquer un tel oubli ? Dans la plupart des cas, selon les observateurs électoraux, cet « oubli magistral » est le résultat d’âpres négociations entre un candidat et les représentants de la CEI dans certains bureaux de vote. Si les représentants de candidats ne sont pas assez vigilants pour attirer l’attention du président du bureau de vote sur cet aspect des choses, les PV iront à la CEI centrale sans signatures et ils seront considérés comme inutiles dans la consolidation des votes. Lors des dernières décisions du Conseil d’Etat, cet élément est revenu plus d’une fois comme constituant une des raisons pour lesquelles des élections ont été annulées.

. Les perspectives. En guise de propositions, les spécialistes qui voient à l’horizon les élections générales de 2025 avec en ligne de mire la présidentielle, objet d’âpres convoitises excitées, appellent à plus de sérieux de la part aussi bien des agents de la CEI que des représentants des candidats dans les bureaux de vote. Quitte, pour ces derniers, à se faire vider de la salle pour leur trop grande insistance. Ils auront le temps, après, de faire leurs réclamations. La Commission électorale indépendante, en tant que gestionnaire d’une aussi importante structure dans le développement du pays, devrait compter en son sein, plus d’hommes et de femmes crédibles, fiables qu’on ne le voit actuellement. Car les fautes lourdes relevées ici et là par les candidats et qui ont conduit à l’annulation puis, plus tard, à la reprise de plusieurs scrutins sont de leur fait. C’est un préjudice énorme qu’ils causent à des candidats et qu’ils ne vont jamais indemniser. Quant aux commanditaires des saccages des urnes, ils doivent payer le prix de leurs actes délictueux par l’annulation pure et simple de leur candidature. Il suffit que la CEI le veuille.

Abdoulaye Villard Sanogo

 

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