Décès de Allah Thérèse : Fin de parcours pour une artiste pluridimensionnelle





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La cantatrice baoulé Allah Thérèse est décédée, le dimanche 19 janvier 2020, des suites d’une courte malade, à l’hôpital général de Djékanou, dans le département de Toumodi, en Côte d’Ivoire, à l’âge de 84 ans.
La  chanteuse traditionnelle, originaire du village de Gbofia dans la sous-préfecture de Toumodi,  a marqué la musique ivoirienne avec son mari, l’accordéoniste N’goran La Loi, originaire de Konankokorekro, un village situé à une vingtaine de kilomètres de la ville de Toumodi, avec lequel elle formait un  duo musical très apprécié.
Promotrice du pagne traditionnel tissé baoulé qu’elle portait dans tous ses spectacles, avec sa coiffure "Akôrou Koffié", qui signifie en Baoulé, sa langue maternelle, "la femme de l'araignée", Allah Thérèse était lead vocal d’un genre musical local dénommé Agbirô dans son village. Elle rencontre, dans les années 1950, à l'occasion de manifestations funéraires, N'Goran la Loi, lui aussi, lead vocal du même genre dans son propre village.
Depuis 1956, date à laquelle ils produisent leur première œuvre, "Ahoumo N'Seli", Allah Thérèse et son mari N'goran la Loi, devenus inséparables, se produisent ensemble, l'une chantant et l'autre l'accompagnant à l’accordéon.
Elle aborde des thèmes en liaison avec le quotidien. Allah Thérèse a chanté  le drame des femmes qui n’ont pas fait d’enfant. Selon elle, elles sont moquées, montrées du doigt et même traitées de sorcières. Une situation qu’elle a vécue. Elle a confié à un de nos confrères  que dans sa famille, les garçons sont considérés comme des femmes (eux ont fait des enfants) et les femmes sont considérées comme des hommes (elles n’ont pas d’enfant - m’mla ba kaki yassoua, yè yassoua ba kaki bla). Pour espérer des funérailles dignes, n’ayant pas d’enfant pour les lui offrir à sa mort, elle a décidé de chanter pour que ses fans lui organisent ces funérailles-là.
Dans ses chansons, elle a rendu hommage aux fondateurs du Rda et du Pdci, ces artisans de paix, selon elle, dont Félix Hoçuphouët-Boigny, Mamadou Coulibaly, Yacé Philippe, Biaka Boda. Aujourd'hui, le couple totalise six (6) albums dont le dernier "Doumi" a été réalisé en 2005.
Le 24 mai 2012, Allah Thérèse reçoit la distinction de Chevalier de l’ordre du mérite ivoirien  et depuis 2014, elle bénéficie d'une pension mensuelle de la part de l’État ivoirien qui s'est également engagé à lui offrir deux (2) logements. Il y a quelques semaines, elle a reçu un véhicule flambant neuf pour ses déplacements et comptait  même se rendre à Abidjan pour remercier le président de la République qu’elle entendait inviter au grand concert qu’elle prévoyait de faire au Palais de la Culture de Treichville, dans la cadre de la promotion de son dernier album "Begnasou Moayé" qui devait sortir incessamment.
Selon des sources proches de sa famille, Allah Thérèse est morte dans les mêmes conditions que son mari.
" Dans l'après midi du dimanche, elle se plaignait d'un mal à la mâchoire. Nous sommes allés à l'hôpital de Djékanou. Elle a été prise en charge à l'hôpital et la nuit, elle décède à l'hôpital. N’Goran La loi est décédé le dimanche 23 mai 2018, pratiquement de la même façon. La mort d’Allah Thérèse tout comme celle de son époux, sont des morts naturelles liées à leur âge", a fait savoir un fils du village.

Solange ARALAMON

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