Sans éthique, sans morale







On peut le dire aisément. La politique en Côte d’Ivoire se fait sans éthique, sans morale et surtout sans valeur cardinale. A la lumière des derniers développements de l’actualité marquée par une interview-confession de Bédié où il remet en cause ses propres professions de foi, on ne peut que désespérer des politiciens ivoiriens. Il y a quelques semaines, le 26 novembre, il disait dans le Nouveau réveil que pour le moment on ne peut pas parler de rupture avec Ouattara. Ses propos : « La dernière fois qu’Alassane et moi nous nous sommes rencontrés, je me suis rendu chez lui. Vous convenez avec moi qu’il n’y a pas eu de rupture de ma part dans le processus du dialogue entre le PDCI et RHDP-RDR ».

Mais deux semaines plus tard, il indique que la rupture est consommée avec Ouattara. Mieux, dans une interview accordée à France 24 cette semaine, il énonce clairement, en des termes peu trompeurs, qu’il serait le cheval du PDCI pour la présidentielle de 2020 alors que dans Jeune Afrique il avait clairement indiqué qu’il ne serait pas candidat. En même temps qu’on se perd en conjectures, on comprend aisément que c’est cette ambition de Bédié de devenir président, 20 ans après, refusant du coup le passage du témoin à la nouvelle génération, qui est la pomme de discorde au RHDP.

C’est dans les rapports avec Gbagbo et son parti que les politiciens ivoiriens étalent  toute  la laideur  de leur conception du jeu politique sans aucune ligne claire. Laurent Gbagbo qu’il voyait comme le diable ou le démon en 2011 est devenu subitement presque un saint. Et ce, juste parce qu’ils ont besoin de lui pour exister. Dans Jeune Afrique en octobre 2011, Bédié disait ceci du Woody de Mama : « Laurent Gbagbo était en phase avec son entourage et il était le véritable donneur d’ordres. À ce titre, il devra rendre des comptes pour les milliers de morts et les atrocités commises pendant la crise postélectorale ». Mais aujourd’hui, il veut que Gbagbo soit libéré parce qu’il a besoin de l’utiliser comme béquilles au sein de la nouvelle plateforme qu’il veut créer après avoir liquidé le RHDP dans sa version unifiée.

 

Bédié demande la libération de Gbagbo parce qu’il sait qu’il y a une dynamique de mise en liberté provisoire dans l’air. Bon calcul politicien. Mais, à supposer même que Gbagbo soit libéré, acceptera-t-il de s’effacer au profit de Bédié ? Pas certain. En se rasant le matin, les frontistes pensent à ce qu’ils appellent le « match retour ». Il est donc indubitable que tous ceux qui renient leur famille politique naturelle sans aucun scrupule  avec le rêve secret d’utiliser les refondateurs comme échelle pour leur ascension se trompent lourdement. Ils sont si occupés à faire ces faux calculs qu’ils oublient que celui qui est au pouvoir actuellement et qui doit impulser tout le mouvement s’appelle Alassane Ouattara. Jusque-là, il observe sans broncher. Pour sûr, le temps de parler arrivera.

 

Traoré Moussa

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