Perdre son monde après 10 ans de pouvoir







Vers la fin de son 2e mandat à la tête de la Côte d’Ivoire, là où l’union devait se solidifier autour du Président Ouattara et sa popularité augmenter, c’est à ce moment que le vide se fait autour de lui. Allons y comprendre quelque chose.

D’ordinaire en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire, tout cadre est prêt à tout donner pour obtenir un poste de ministre. Ici, être ministre, c’est avoir un salaire qui se compte en millions de FCFA, beaucoup d’autres avantages officiels et non officiels, et surtout le titre de ministre qui rehausse toujours devant les siens.   Mais fait rarissime, nous apprenons qu’un poste ministériel, de surcroit de souveraineté comme celui des Affaires étrangères, proposé par Alassane Ouattara à Jean-Louis Billon, a été refusé par ce dernier.

Quelques jours avant ce camouflet qui n’a pas encore été démenti par la Présidence de la République, le même poste était abandonné par un vieux compagnon du chef de l’Etat, Marcel Amon Tanoh. D’autres renoncements de cadres du Rhdp et non des moindres sont annoncés les jours à venir. Sans oublier la démission historique en février 2019, de Guillaume Soro qui a renoncé à son poste de président de l’Assemblée nationale malgré tous les honneurs et privilèges y afférents.

Ce tableau contraste fortement avec celui qu’on a pu observer en 2010. Au sortir d’une décennie de gestion du pays plus difficile avec huit années de guerre civile, Laurent Gbagbo malgré son bilan qui n’était pas « inattaquable » rassemblait encore plus.

Outre son parti originel le FPI dont il bénéficiait du soutien solide avec le retour d’anciens dissidents comme Ahoua Don Melo, il avait réussi à rallier à sa cause plusieurs partis de gauche tels Alternative citoyenne de Kabran Appiah, l’AIRD (Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie) de Kahé Eric, l’URD de Danielle Boni, le RPP de Fologo ; des mouvements de soutien comme ‘’Deux millions de filles pour Gbagbo’’ créé par Henriette Lagou, le Cojep de Charles Blé Goudé…

Il avait aussi de grands soutiens venus du RDR ou du Pdci : Jean-Jacques Béchio, Samba Coulibaly, Koné Dossongui… pour ne citer que ces noms.

Avec autant de monde réuni au sein de La Majorité Présidentielle (LMP), on comprend pourquoi Laurent réussira à battre au premier tour de la présidentielle avec 38,04 % des voix, Alassane Ouattara (32%), Henri Konan Bédié (25,24 %), Toikeusse Mabri (2,57 %) et l'ensemble des autres (au total 14 candidats avaient pris part au 1er tour) qui ont récolté tous moins de 1 %.

Au 2e tour, Laurent Gbagbo continuera de recevoir des soutiens, notamment celui de Jacqueline Oble, une ancienne du RDR. 

Même quand il perd au 2e tour, c’est avec plus de 46% des voix, un score très respectable face au bloc Alassane Ouattara-Henri Konan Bédié, Mabri Toikeusse-Francis Wodié,Gnamien Konan, à l’époque unis au sein du Rhdp.

Aujourd’hui, tous ces leaders, à part peut-être Mabri Toikeusse, sont en désaccord avec celui qu’ils ont aidé à accéder au pouvoir. Ils sont tous partis du Rhdp.

Pareil pour Guillaume Soro qui jouera un rôle déterminant dans l’acceptation de la candidature de Ouattara à une élection en Côte d’Ivoire, puis dans son installation effective au pouvoir.

Le président du Rhdp se retrouve désormais presque seul, avec quelques transfuges du Pdci comme Kablan Duncan qui doivent eux aussi être déçus pour n’avoir pas trouvé leur compte dans le choix du candidat du parti présidentiel au scrutin d’octobre prochain. On le voit, Ouattara perd son monde alors qu’il a tant de pouvoirs et de moyens. La faute à son entêtement à garder la main sur le pouvoir. Une obstination qui l’a poussé à violer tous les accords conclus avec ses partenaires d’hier.

Sans la moitié de son électorat captif de 2010 dont il sera privé en octobre prochain à cause de l’abstention (son mythe est désormais brisé) ou parce qu’elle soutient Guillaume Soro, sans l’électorat du Pdci qui a répondu au mot d’ordre de Bédié en 2010 et en 2015, peut-il faire gagner Amadou Gon Coulibaly son choix imposé au Rhdp ?  Logiquement non.

Cissé Sindou     

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