Au commencement était une volonté…







« Le jour de leur jour ». C’est le titre qui faisait la manchette du quotidien Notre Voie d’hier. Titre prémonitoire s’il en est. Effectivement hier, c’était « le jour du jour » de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Notre Voie était encore une fois dans le bon tempo. C’était déjà le cas en décembre dernier quand nous avions affirmé que la décision des juges ne serait connue qu’en début 2019. Ce n’est nullement de la magie.

En réalité, Notre Voie peut se targuer de s’être réellement approprié ce procès pour des raisons évidentes : Laurent Gbagbo est l’inspirateur de ce journal. De ce fait, ce qui le concerne, concerne étroitement « Notre Voie ».

 

C’est pourquoi, en dépit des accusations de toutes sortes, et du manque criant de moyens, nous avons fait de notre mieux pour être régulièrement présents à La Haye. Ainsi, de 2012 à 2018, nous avons fait cinq voyages à La Haye dans le but de suivre le procès. Un voyage en 2012, deux en 2016 et deux en 2018. Nous étions présents à l’ouverture du procès en janvier 2016. En mars de la même année, nous y étions encore. Nous y sommes allés en septembre-octobre 2018 et enfin en novembre 2018. Dans le froid et avec des moyens limités, nous avons dû faire preuve de beaucoup d’imagination pour continuer à accomplir notre mission. Quitter La Haye pour Paris les week-ends par le bus, sept à huit heures de voyage en aller et retour, juste pour minimiser le coût du séjour dans cette ville très chère. Cette astuce nous a permis de faire quelques économies de trois ou quatre jours sur les frais d’hôtel et de restauration. Parfois des amis qui appréciaient au plus haut point notre présence régulière aux audiences ont mis la main à la poche pour nous payer une ou deux nuits à l’hôtel. Ou nous offrir qui un café, qui un plat pendant les pauses déjeuner. 

 

«Notre Voie » est donc certainement le seul quotidien ivoirien à avoir régulièrement eu un envoyé spécial à ce procès au point où certains ont pu penser que c’est parce qu’on était pleins aux as ou qu’on était un résident des Pays-Bas ou d’un pays européen. Que non ! Il fallait d’abord le vouloir. Ne dit-on pas que « vouloir c’est pouvoir » ? Nous ne cesserons jamais d’être reconnaissants à Marcel Gossio qui s’était pleinement et entièrement engagé à nous aider financièrement à réaliser ces missions. Hélas ! Il a quitté ce monde moins de trois mois avant ce dénouement heureux qui s’apparente à un tremblement de terre. Hommage soit rendu à ce grand homme au grand cœur à un moment où toute la Côte d’Ivoire savoure cette victoire historique des partisans de Laurent Gbagbo.

 

Bref, hier, la Cour pénale internationale a rendu une décision historique dans un procès historique. Depuis près de huit ans, on n’a pourtant fait que répéter que les poursuites engagées par Luis Moreno Ocampo et Fatou Bensouda ne reposent sur rien du tout. Mais c’était comme si les gens s’étaient bouché les oreilles pour ne rien entendre. Il y a des gens qui ont naïvement pensé que les incantations du procureur constituaient des preuves irréfutables. Il était certain que tout cela ne pouvait tenir devant des juges conscients de leur mission. Et ça n’a pas raté. Tout l’échafaudage s’est écroulé comme un château de cartes. En moins de trente minutes, le juge italien Cuno Tarfusser a démoli tout le travail de prestidigitation construit sur du sable mouvant par deux procureurs qui ont pensé qu’en faisant des micmacs pour arrêter un chef d’Etat vaincu par les armes, ils tenaient l’affaire du siècle. Ils espéraient s’en tirer avec la gloire et les félicitations du monde entier pour avoir fait condamner un homme perçu comme le bourreau de son peuple. Ils devront y réfléchir par deux fois avant d’engager des poursuites médiatisées à souhait.

 

Dans cette histoire, il y a certes le fait que le dossier du procureur est vide et cela sautait aux yeux. Mais nul n’ignore que dans toute procédure judiciaire, rien ne va de soit. On peut bien perdre un procès juste parce qu’on n’a pas su se défendre. C’est pourquoi, il faut ici ne pas négliger le rôle joué par les équipes de défense. Maîtres Emmanuel Alit et Knoops avaient une réputation déjà bien établie. En Hollande, Knoops est une vraie référence dans le milieu judiciaire. Mais ce procès a surtout révélé le talent caché de jeunes avocats ivoiriens et africains. Claver N’Dry, Seri Zokou, Jean-Serges Gbougnon, Josette Kadji. Ils ont fait sensation. Cette décision des juges, c’est avant tout leur victoire. Amplement mérité.

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