Réconciliation nationale : "Il n’est pas question pour l’opposition unie de discuter avec KKB", martèle Bamba Moriféré





reconciliation-nationale-quotil-nest-pas-question-pour-lopposition-unie-de-discuter-avec-kkbquot-martele-bamba-morifere


Le nouveau ministre de la Réconciliation, Kouadio Konan Bertin (KKB) aura du pain sur la planche. Sa nomination étant considérée par l’opposition comme « un deal » entre Alassane Ouattara et lui. Pour le président du Rassemblement du peuple de Côte d’Ivoire (RPCI), Bamba Moriféré, il n’est pas question pour l’opposition unie de discuter avec lui.

S’agissant de la lutte de la résistance, Bamba Moriféré signale la nécessité d’une réorganisation de la direction de la lutte au plan stratégique, tactique et organisationnel.

Un mois et demi après l’élection, Alassane Ouattara a été investi le lundi dernier par la grande Chancelière, et ce, malgré la désapprobation de l’opposition. Quelle appréciation faites-vous de cette investiture ?

Pour nous, cette investiture a été un non-évènement, car elle fait suite à une auto-proclamation, suite à une parodie d’élection, dépourvue de toute légitimité populaire.

Il ne reste plus au dictateur qu’à s’autoproclamer « empereur » ou « Mogho Naaba » ou « Moro Naba » du « royaume de Côte d’ivoire » puisque notre pays est devenu son patrimoine.

Plusieurs chefs d’Etats et de gouvernement dont le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian et l’ancien président Nicolas Sarkozy ont honoré de leur présence. N’est-ce pas un désaveu pour l’opposition ?

Ces présences n’ont aucune espèce d’importance, dans la mesure où il s’agissait d’une mascarade électorale.

Vous signalez la présence de l’ancien président français Sarkozy qui vient d’être condamné en France de façon inédite pour un ancien président français, pour « association de malfaiteurs », ce qui est tout un symbole, quant à la nature de ce régime dictatorial de prédateurs.

A cet égard, je peux vous assurer que notre peuple se mobilisera et n’acceptera jamais que notre pays soit transformé par ce régime antinational, en un « comptoir » colonial où viendraient en villégiature, se servir les « escrocs » en tout genre de la planète, contre les intérêts fondamentaux de notre nation.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’en à peine 10 ans, ce régime a fait de notre pays la plaque tournante du trafic et de la consommation de la drogue en Afrique, avec des conséquences désastreuses pour l’avenir des générations futures.

Quant à monsieur Le Drian, je voudrais vous rappeler sa participation à la déclaration suivante des ministres des Affaires étrangères de l’UE, à propos des élections au Venezuela, face à l’élection de Nicolas Maduro, avec 69 % d’abstention :

« Le manque de respect du pluralisme politique, la disqualification et la poursuite des dirigeants de l’opposition, ne permettent pas à l’UE de reconnaitre ce processus électoral comme crédible, inclusif ou transparent, et ses résultats comme représentatifs de la volonté du peuple vénézuélien ».

Ainsi, ce monsieur Le Drian reconnait, au nom de la France, monsieur Juan Guaido, Président du parlement, autoproclamé Président intérimaire du Vénézuéla, comme Président du Vénézuéla, en lieu et place de Maduro, reconnu par la cour constitutionnelle de ce pays.

Par ailleurs, je vous rappelle que le même Le Drian a cru mettre en cause en 2018, l’élection de Tshisekedi comme président de la RDC, élection pourtant validée par la cour constitutionnelle.

Je vous laisse faire la comparaison avec le cas d’Alassane Ouattara en CI, pour qualifier une telle attitude de mépris envers la lutte des peuples africains pour la démocratie, position à géométrie variable, quand il s’agit de l’Afrique.

Cependant, nous pouvons être fiers de nous honorer du soutien sans équivoque aux peuples africains en lutte, des dignes représentants du peuple français, Paul Laurent, Le Coq, Olivier Faure, Mélenchon, Thierry Mariani et tant d’autres.

Comment interprétez-vous l’absence du clergé ivoirien à cette investiture ?

Le clergé ivoirien a toujours été un modèle dans notre pays en matière de droiture, lorsqu’il s’agit de se ranger du côté du droit et de la vérité devant Dieu et devant les hommes, pour la paix et pour l’intérêt supérieur de la nation. Il en a toujours été ainsi, dans la jeune histoire de notre pays. Je peux en porter personnellement témoignage et vous citer le cas de feu le cardinal Yago, lorsque dans les années 1980, il a joué un rôle primordial et impartial dans les négociations entre le « comité de négociation » du SYNARES que j’animais avec d’autres acteurs et le Président Houphouët.

Je ne suis donc pas surpris que le clergé ivoirien, fidèle à cette ligne de conduite qui l’honore, ne se soit pas associer à cette honteuse comédie.

Lors de son investiture, le président Ouattara a promis la création d’un ministère de la réconciliation. Chose qu’il a faite en nommant son challenger à l’élection présidentielle, Kouadio Konan Bertin au poste de ministre de la Réconciliation. Pensez-vous que KKB est l’homme de la situation et jusqu’où pourra -t-il aller ?

Par cette nomination grotesque, Ouattara, vient de dévoiler le deal honteux qu’il avait passé avec ce garçon opportuniste et qui montre à la face du monde qu’il tenait à être candidat unique, se sachant ultra-minoritaire dans le pays.

Par ailleurs, la nomination à une fonction ministérielle de ce garçon, qui n’a jamais travaillé nulle part, comme tant d’autres « tocards » dans son Gouvernement, montre à quel point Alassane Ouattara a rabaissé et humilié notre pays, en faisant ainsi la promotion de la médiocrité au détriment du mérite républicain, facteur décisif pour faire avancer notre nation vers le progrès.

Il n’est pas question pour l’opposition unie de discuter avec un tel pantin, d’autant plus que nous ne reconnaissons pas Alassane Ouattara comme président, la véritable élection présidentielle sera organisée par une transition démocratique.

Aujourd’hui, l’heure est aux tractations pour la formation d’un nouveau gouvernement. Pensez-vous que l’opposition doit faire son entrée. Si oui, à quelles conditions ?

Je viens de vous dire que l’opposition unie n’est pas concernée, notre dernière déclaration consécutive à la mascarade électorale, qui exige l’invalidation pure et simple de cette élection, en fait foi.

On annonce pour ce lundi 21 Décembre 2020, un début de dialogue entre le Gouvernement et l’opposition au sujet des commissions locales de la CEI, rencontre qui devrait se tenir à la primature. On vous annonce dans la délégation de l’opposition. Qu’en et il ?

C’est tout simplement de la plaisanterie. Vous savez bien que nous avons demandé la dissolution de cette CEI discréditée, qui est aux ordres de monsieur Ouattara. De plus, elle est présidée par un individu, ancien secrétaire du conseil constitutionnel, institution au sein de laquelle il a démontré ses pratiques frauduleuses à l’occasion des dernières élections législatives.

Le dernier représentant de l’opposition au sein de la commission centrale de la CEI a démissionné, je ne vois donc pas pourquoi nous irions à une telle rencontre pour discuter des CEI locales.

Pour nous, la CEI doit être totalement réformée en profondeur pour garantir son indépendance totale.

Par ailleurs, au niveau du format d’une éventuelle discussion, j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer au Gouvernement qu’un tel débat concerne uniquement les acteurs politiques des différents bords et la société civile. Le Gouvernement doit jouer simplement un rôle de facilitateur.

A voir l’évolution des choses, l’opposition ne donne t-t-elle pas l’impression d’être à bout de souffle ?

Pas du tout.

Nous rentrons dans la 2e phase de notre lutte de résistance contre la dictature. Cela nécessite une réorganisation de la direction de la lutte au plan stratégique, tactique et organisationnel, d’autant plus qu’un grand nombre de militants, cadres, leaders et élus de la nation ont été arbitrairement emprisonnés, sans compter les nombreux morts par assassinats, sous les balles de la dictature.

Ce que vous devez savoir, c’est que le rapport de force au plan stratégique est largement favorable à l’opposition, nous sommes face à un régime moribond et aux abois, régime totalement discrédité et vomis par l’immense majorité de notre peuple.

D’ailleurs, la barbarie de la terreur qui s’abat sur l’opposition de manière disproportionnée, dénote de l’extrême faiblesse du régime moribond, dans un but d’intimidation, pour tenter de compenser cette faiblesse. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’il fasse appel à des mercenaires dans la répression contre les populations aux mains nues.

C’est pourquoi, l’opposition doit s’organiser davantage, accroître la mobilisation populaire pour vaincre la dictature. Il n’y a pas d’autres alternative.

Alassane Ouattara sans aucun doute continuera sa fuite en avant et poursuivra ses desseins diaboliques pour tenter de soumettre totalement notre peuple et faire main basse sur notre pays qu’il veut transformer en un comptoir colonial, en ce 21e siècle.

Qu’on en juge, en moins de 10 ans, il a liquidé tous les acquis démocratiques obtenus de haute lutte et réussi la gageure d’être candidat unique en 2020, lui qui n’a pu être candidat en 2010, qu’à titre exceptionnel, et candidat en 2015, qu’à titre « dérivé ».

Nous restons cependant convaincus, que cette dernière forfaiture d’Alassane Ouattara, constitue le chant du cygne, et que notre peuple uni et mobilisé vaincra la dictature fasciste.

 

Interview réalisée par Lambert KOUAME

En lecture en ce moment

Le cardinal Kutwa souhaite que “le train de la réconciliation aille jusqu’à la gare de la paix”

45e session de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie à Abidjan: La décision finale de l'APF