Élections en Côte d’Ivoire : Un spécialiste analyse les faibles taux de participation





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Malgré l’autosatisfaction du politique sur la participation des Ivoiriens aux élections en Côte d’Ivoire, il n’en demeure pas moins que le taux reste désespérément faible. Quelles en sont les causes ? Pour Dr Pregnon Claude Nahi, enseignant-chercheur, "ce n’est pas un phénomène surprenant". Analyse.

" Comprendre le taux de participation et l’abstentionnisme lors des élections législatives inclusives du 6 mars 2021 en Côte d’Ivoire "

La faiblesse du taux de participation lors des élections législatives du 06 mars 2021 en dépit de la participation de l’opposition n’est pas un phénomène surprenant selon notre point de vue. Surtout que la faiblesse du taux de participation à l’occasion des élections locales est une situation récurrente dans le pays depuis quelques années. 

En Côte d’Ivoire, une fine analyse du comportement électoral en matière de législatives permet de soutenir que depuis l’avènement du multipartisme, la motivation des électeurs en termes de participation ou d’abstention est majoritairement structurée par des déterminants politiques avec en toile de fond, la préférence partisane. Autrement dit, l’avènement du pluralisme politique à constituer un levier important de mobilisation du corps électoral dès les premières heures. Ainsi, comme on peut d’ailleurs le constater, les taux de participation des années 1990 (40 %) et 1995 (46 %) sont les plus importants de l’ère de la démocratie pluraliste. Après ces deux élections, les taux de participation n’ont pu atteindre 40 % (2000 : 33 % ; 2011 : 36 %, 2016 : 34 % ; 2021 : 37 %). En dehors du taux de 2000 qui pourrait s’expliquer par les événements de violence des élections présidentielles et de la tentative de coup d’État qui a précédé les élections, la longue absence de certains partis comme la tendance dite « Gor » dont les incessants mots d’’ordre de boycott des différents scrutins pourraient être à la base de celui de 2011 et en partie de celui de 2016. Le taux de 2016 est plus faible que celui de 2011 du simple fait que les élections de 2011 avaient vu une participation individuelle et éclatée des partis de la majorité présidentielle contrairement à celles de 2016 ou une investiture unique de tous les candidats de la majorité présidentielle par le parti unifié avait été imposée. L’option de l’investiture unique des candidats de la majorité présidentielle a non seulement occasionné une inflation des candidatures indépendantes, mais elle a également contribué à la démotivation des électeurs, du fait de l’absence d’un enjeu politique réel entre de rivalités entre les partis. Avec ces dernières élections législatives, le constat de la participation des partis politiques comme facteur déterminant dans le taux de participation se confirme. 

En effet, le taux de participation des élections législatives du 06 mars 2021 qui est de 37,88 % est plus élevé que ceux de 2011 et 2016 parce qu’elles ont été inclusives avec la participation de l’ensemble des partis politiques. De façon générale, on pourrait expliquer l’abstentionnisme en dépit du caractère inclusif des élections législatives récentes et celles des années antérieures par les contextes et l’environnement des élections peu attrayants. C’est-à-dire que le contexte politique (boycott, violences), contexte économique et social (pauvreté), médiatique et le poids de l’offre politique (les programmes, les partis, les candidats) et du déroulement de la campagne électorale, de la stratégie électorale des partis et des candidats (alliances) ont structuré la motivation des électeurs. Le contexte peut aboutir à une abstention ponctuelle et conjoncturelle qui se manifeste par l’indifférence à telle élection, à tel enjeu, refus de départager les candidats, incapacité à se reconnaître dans les candidatures proposées, ou bien encore préoccupations personnelles qui éloignent des enjeux du scrutin.

L’abstention peut présenter aussi une dimension structurelle. Pour certains groupes, ils manifestent peu de curiosité pour la politique en général et les élections en particulier. C’est le cas des jeunes, les non-diplômés, touchés par la crise qui utilisent l’abstention comme une défiance, une sorte d’incivisme à l’égard de la classe politique dans son ensemble pour l’interpeler.  À côté de la désaffection des jeunes vis-à-vis du vote, il faut ajouter l’avènement d’un nouveau type d’électeur plus instruit, plus formé dans le corps électoral ivoirien. Cette variable est significative dans la mesure où l’abstention observée se caractérise par la non-participation et de nombreux votes blancs.

Avec ce lecteur, les nouvelles logiques de vote seraient plus stratégiques et individuelles. Le « nouvel électeur » élabore ses choix électoraux moins à partir de ses appartenances et de ses affiliations politiques qu’à partir d’une adaptation stratégique aux variations de l’offre électorale. Au « vote de clivage », se substituerait progressivement le « vote sur enjeux », dans lequel l’électeur exprimerait ses mécontentements, son intérêt pour la consultation et ses intérêts.

Pregnon Claude NAHI

Enseignant-chercheur

Maitre-assistant en science politique

Université Peleforo Gon Coulibaly de Korhogo

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