CHU de Cocody, la partie visible de l’iceberg







Le manque d’équipements et les dysfonctionnements au CHU de Cocody sont symptomatiques de la situation générale d’abandon des hôpitaux publics de Côte d’Ivoire.Le CHU de Cocody a été encore au centre de l’actualité la semaine écoulée. Suite au drame du couple du couple Moro, qui a perdu ses jumeaux à la maternité de cet hôpital du fait d’un comportement méprisant du personnel, son directeur général, MéïtéDjoussoufou, invité de la chaine NCI le 22 avril, a fait une révélation qui a choqué plus d’un. Au dire du directeur, son établissement n’a qu’un scanner, un scanner qui est d’ailleurs en panne. Cette information a désagréablement surpris l’opinion et montré à quel point le secteur de la Santé est délaissé par les autorités. Et, le cas du CHU de Cocody, où des appareils vitaux sont absents ou non fonctionnels, n’est que symptomatique de la situation générale du secteur public de la santé. Un secteur qui souffre d’un manque criant d’équipements, mais qui souffre surtout d’un manque de maintenance et d’entretien du peu d’infrastructures et de matériels qui existent. Les autorités assistent à leur dégradation, et n’interviennent que lorsque la situation devient très critique au point où la seule solution est de fermer des hôpitaux entiers pour une réhabilitation qui, en plus de priver de soins la population, coûtera des fortunes et parfois une éternité.

Pourtant, il aurait été plus simple, plus efficace et moins coûteux de faire un entretien permanent des plateaux techniques et des bâtiments.

C’est donc cet immobilisme qui a conduit à la dégradation totale du CHU de Yopougon, ce joyau architectural qui a fait la fierté de la Côte d’Ivoire. Après sa fermeture en 2019 pour réhabilitation, plusieurs services ont été relocalisés. Au niveau de l’obstétrique, un service clé, la formation urbaine de Yopougon Attié, qui devait prendre le relais, s’est-elle aussi montrée très vite défaillante. Dans la foulée, le service de gynécologie et obstétrique du CHU de Treichville a été fermé. Du coup, les parturientes doivent se diriger vers le CHU d’Angré, où les tarifs sont jugés élevés, ou le CHU de Cocody. Ces dernières années, les services d’urgence des CHU de Treichville et de Cocody ont dû être fermés. Et, généralement, en plus d’attendre que tout tombe en ruine, les décideurs n’ont fait ces réhabilitations qu’après des scandales. C’est le cas du service d’urgence du CHU de Cocody qui a été fermé après la mort de Awa Fadiga, célèbre mannequin décédée, dans des conditions déplorables dans cet hôpital en 2014. L’affaire a suscité une forte polémique.  Pour calmer la colère qui montait au sein de la population, des décisions d’éclat ont été prises, notamment la suspension de certains responsables du CHU, la réhabilitation du service des urgences, etc.

Les hôpitaux de l’intérieur, tels que les CHR et le CHU de Bouaké, ne sont pas mieux lotis. Les conséquences de cette gouvernance par à-coup de notre système sanitaire sont graves.

« Les faits parlent d’eux-mêmes. Aujourd’hui, si vous voulez savoir quels sont les systèmes les plus efficaces en Afrique, il faut vous fier à deux indicateurs : le ratio de mortalité maternele, et le ratio de mortalité néo natale. Dans ces deux ratios-là, selon les documents nationaux (Plan national de développement sanitaire, PNDS, Enquête démographique et santé EDS3), le ratio de mortalité maternelle en Côte d’Ivoire est de 640 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, loin derrière le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Benin. Quand vous prenez le ratio de mortalité néonatale, c’est 38% de naissances vivantes. Quand, malgré tout ce que nous avons (les richesses du pays, ndlr), nous constatons ces indicateurs déplorables, cela signifie que quelque chose ne va pas dans le système. Un système de santé où il y a beaucoup de morts n’est pas efficace, il n’est pas de qualité, il n’inspire pas confiance », relève ce spécialiste en politique sanitaire. Triste réalité.

 

Cissé Sindou

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