Suicides en Côte d’Ivoire, le mal est profond







Selon l’OMS, la Côte d’Ivoire fait partie des pays les plus touchés par le phénomène des suicides…

« Si notre pays veut atteindre les objectifs du millénaire pour le développement durable, il lui faut une population en bonne santé mentale », recommande le Directeur coordonnateur du Programme national de santé mentale (PNSM).

Dans une interview diffusée le 27 janvier 2023 par l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP), Professeur Médard Koua Assémian, médecin psychiatre-psychothérapeute s’est prononcé sur la triste actualité sociale relative à la série de suicides présumés ou de tentatives de suicide survenus au cours de ce mois de janvier en Côte d’Ivoire.

Le spécialiste déplore que le pays se classe malheureusement au 3e rang de ceux qui enregistrent le plus grand nombre de suicides en Afrique (avec au moins 23 cas par an) après le Lesotho (28 cas) et la Guinée Equatoriale (25 cas), selon des chiffres de l’OMS datant de 2020.

 S’agissant des causes, il cite la dépression, la maladie, l’échec scolaire, le chagrin d’amour, le chômage ou encore la solitude. « La désintégration de la cellule familiale au gré de décennies de crises sociopolitiques que le pays a connues a entrainé la perte de repères par notre jeunesse…La recrudescence du phénomène de la drogue, la violence scolaire, l’immigration clandestine (…) sont des signes de mal être social psychologique chez les jeunes »,explique-t-il.     

L’un des cas récents de suicide présumé est celui de l’étudiant Diabagaté Ibrahim dont le corps sans vie a été découvert le 14 janvier alors qu’il était pendu sur un bâtiment d’étude de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody.

Le 23 janvier, cette fois-ci à Divo, c’est une éducatrice du Lycée Moderne de cette ville qui a été retrouvée pendue près de sa maison familiale.

Le 19 janvier à Abidjan, c’est un élève qui a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant dans la lagune Ebrié à partir d’un bateau bus de la Sotra.

La liste n’est certainement pas exhaustive sachant que par pudeur, les familles ne communiquent pas systématiquement sur ce genre d’actes, surtout quand le pire est évité.

Les causes énumérées par l’expert montrent un profond mal social.

Ces causes font penser notamment à la situation de chefs de familles au chômage qui se retrouvent démunis face à des responsabilités quotidiennes après avoir perdu leurs emplois. Leurs enfants scolarisés ou non sont parfois livrés à eux-mêmes dans le désespoir total. Parlant de chômeurs, nous pouvons citer le cas du secteur des médias de Côte d’Ivoire. Un secteur sinistré où de nombreuses entreprises en faillite ou en sérieuses difficultés financières ont procédé à des licenciements.

Ces causes font aussi penser aux milliers de diplômés désemparés faute d’emplois après leurs études. La crise des docteurs non recrutés dont 46 ont été emprisonnés suite à une protestation, en est une illustration.

Elles font penser en outre à ces milliers de jeunes filles ou garçons diplômés ou non qui empruntent chaque semaine le périlleux chemin de l’immigration clandestine, une autre forme de suicide. Dans un cas comme dans l’autre, les populations citées sont exposées aux maladies mentales, particulièrement à la dépression, cause courante des tentatives de suicide selon les spécialistes. Mentalement troublés par leur souffrance quotidienne, les sujets espèrent une délivrance en essayant de mettre fin à leur vie.  

Alors, ce triste classement de la Côte d’Ivoire ne devrait pas laisser nos gouvernants indifférents. Le malaise social est réel. Les données de l’OMS en témoignent. 

Cissé Sindou       

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