Les signes d’une CEDEAO désemparée





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Hélas, comme les précédentes, ces sanctions de la CEDEAO n’apporteront certainement pas de solutions dans le cas du Niger.

 Drôle de face-à-face entre le Président de la junte Tchadienne et les putschistes nigériens ! Mahamat Idriss Déby lui-même arrivé au pouvoir par la force en violation de la constitution tchadienne après le décès de son père Idriss Déby Itno en 2021 peut-il convaincre son homologue nigérien le général Abdourahamane Tchiani à renoncer à son nouveau pouvoir ? Cela est très peu plausible. La CEDEAO a certainement ses raisons pour le choix de cet émissaire. Le Tchad ne faisant pas partie de l’organisation Ouest-africaine, son dirigeant apparait comme une personne neutre dans le bras-de-fer naissant entre la CEDEAO et le nouveau régime de Niamey. Ce qui pourrait constituer un facteur favorable à l’attention et à l’écoute attendues des nouvelles autorités nigériennes.

 En outre, le Tchad, en plus d’avoir une longue frontière avec le Niger, est une puissance militaire dans la région dont on pourrait compter sur l’influence. Autant de raisons qui peuvent expliquer que les chefs de d’Etat ouest-africains aient d’abord convié le Président Tchadien à leur conclave d’hier, puis l’ont autorisé à mener une médiation en leur nom auprès de la junte nigérienne. Toutefois, ce choix ironique aux résultats peu prometteurs est un signe du désemparement des membres de la CEDEAO.

Un autre signe du désarroi de l’organisation sous-régionale a été ses atermoiements des premières heures du coup d’Etat qui a évincé Mohamed Bazoum. D’abord annoncés à Niamey pour obtenir la libération du Président déchu et le rétablissement de l’ordre constitutionnel, les Présidents du Nigéria Bola Tinubu et du Bénin Patrice Talon, se sont finalement contentés de déclarations à des milliers de kilomètres du sol nigérien sans pouvoir s’y rendre jusqu’à ce jour.

Autre indice d’une Cedeao aux abois, c’est la série de sanctions qu’elle a arrêtées hier contre le Niger et ses nouveaux dirigeants. C’est à croire que les décideurs de cette organisation ont oublié l’échec de sanctions quasi similaires qu’ils ont prises précédemment contre le Mali, la Guinée, et le Burkina qui ont également connu des coup d’Etat. Pis, la CEDEAO, selon son communiqué final de ce dimanche n’exclut pas une intervention militaire pour rétablir Mohamed Bazoum dans son pouvoir si les putschistes ne le font pas dans un délai d’une semaine. Nos chefs d’Etat ont-ils réellement réfléchi avant d’annoncer ces décisions ? Sont-ils vraiment sincères ou cherchent-ils uniquement à faire de la communication ? Ont-ils oublié que la totalité de l’armée nigérienne a fait corps dans le cadre de ce coup d’Etat ? Quel pays de la sous-région enverra ses soldats pour une intervention aussi suicidaire ? La France qui a annoncé son soutien à la CEDEAO peut-elle se permettre une telle ingérence dans les affaires intérieures du Niger ?   En vérité, au lieu de  reproduire des mesures  qui ne produisent pas de fruit et qui la  rendent ridicule, le moment est venu pour la CEDEAO de mieux cerner les réalités des pays où surviennent les coups d’Etat afin de changer de paradigme. D’ailleurs, le juriste sénégalais expert des Nations Unies analyse la situation dans ce même sens.  « J’ai toujours eu des réserves sur les sanctions souvent contreproductives, on ne sanctionne pas des peuples qui ne sont pas responsables de la situation politique. Il faut dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest francophone réinventer les moyens de corriger les dysfonctionnements structurels qui produisent des coups d’Etat », a twitté dimanche après-midi Alioune Tine.

Le changement d’approche qu’il préconise concerne aussi bien la CEDEAO que la France qui est rejetée dans les différents pays.

En effet, depuis plusieurs années, les soldats du Mali, du Burkina Faso, du Niger…tombent sous les balles des terroristes. Ainsi, lorsque les militaires de ces pays estiment que leur contre-performance est due à une mauvaise gouvernance des dirigeants civils et décident eux-mêmes de prendre les commandes de leur Etat, cela doit être analysé avec sagesse par les organisations sous-régionales et non provoquer des réactions épidermiques. Hélas, comme les précédentes, ces sanctions de la CEDEAO n’apporteront certainement pas de solutions dans le cas du Niger.

Cissé Sindou       

 

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