Alors, le 18 juin, on refuse ou on accepte ?





alors-le-18-juin-on-refuse-ou-on-accepte


Le 18 juin fait entrer dans l’histoire. Et le président ivoirien qui connaît le mouvement de l’histoire et sait apprécier sa dynamique semble prêt, à 100%, à entrer définitivement dans l’histoire de la Côte d’Ivoire et très certainement de l’Afrique. Le 18 juin 2024, à l’auditorium du Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan, Alassane Ouattara s’adresse aux 352 parlementaires (députés et sénateurs) réunis en congrès.

La tradition républicaine veut que cet instant de grande solennité serve de tribune au souverain pour qu’il s’adresse à ses administrés dans le but de faire l’état de la nation. Mais, souvenons-nous : « Tout au long de ma carrière, j’ai toujours accordé une importance particulière au respect de mes engagements. En conséquence, j’ai décidé de ne pas être candidat en 2020 ».

Nous sommes le jeudi 5 mars 2020, à l’amphithéâtre de la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, la capitale politique. Nous sommes à quelque 7 mois de l’élection présidentielle. Le congrès est réuni. Les parlementaires attendent avec impatience le discours du chef de l’Etat. Et puis bim ! Ouattara annonce son retrait de la vie politique. « Cela a été un honneur de servir mon pays », ajoute-t-il en guise d’au revoir.

Quelques minutes plus tard, il revient à la charge, sur son compte tweeter (actuel X), sans doute pour celles et ceux qui n’ont pas encore eu l’info ou qui douteraient de son fervent désir de plier bagages. « Je voudrais annoncer solennellement, que j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 et de transférer le pouvoir à une jeune génération ».  

La suite des événements ne se déroulera pas comme attendu par lui. A quatre mois de la présidentielle d’octobre 2020, précisément le 8 juillet, son candidat de succession, Amadou Gon Coulibaly, s’écroule en plein conseil des ministres et décède plus tard dans une clinique abidjanaise. Ouattara revient au micro, dans un autre lieu, pour annoncer solennellement qu’il revient dans les starting-blocks de la présidentielle afin de combler le vide laissé par son candidat parti brutalement.

Dans l’histoire du monde, il n’existe pas de peuple qui ne soit pas superstitieux. La superstition guide le plus souvent les actes des grands hommes. Nous sommes en juin 2024. L’élection présidentielle du 31 octobre accélère ses pas. Ouattara est tiraillé de toutes parts. Ses ouailles occupent tous les lieux publics pour lui demander de continuer son œuvre, « même s’il devrait mourir au pouvoir », du fait du poids du travail présidentiel.

Ceux qui peuvent le faire, ils sont dits très courageux, lui parlent dans le creux de l’oreille et lui conseillent plutôt de se retirer. Ceux-ci semblent avoir pris le dessus sur la multitude d’autant que le concerné lui-même se sent épuisé à l’extrême. « Il l’a déjà dit publiquement. Son corps ne répond plus. Il y a certes l’âge, mais il y a surtout la charge du boulot qui pèse énormément », explique, quelque peu dépité, un des amis de l’ombre du chef de l’Etat.

Mais alors que faire ? partir ? rester ? quelle annonce pour quelle date ? De l’avis de nombre d’amis et de collaborateurs proches et lointains du chef de l’Etat, la décision de dire non aux sirènes de la continuité est prise. Elle serait même à plus de 200%. Et c’est sans doute aucun, ce qui justifierait le choix de la date du 18 juin. Elle est reconnue dans la dynamique de l’histoire comme la date du refus, le refus de la défaite.

Ce refus a été annoncé par un militaire français, Charles de Gaulle, colonel à l’époque des faits, pour s’opposer à la victoire des troupes allemandes suivie de l’occupation du territoire français. Pour les partisans du refus qui comptent autour du chef de l’Etat, accepter de se présenter pour un 4e mandat équivaudrait à conduire ses troupes à la défaite. Le cœur n’y étant plus, les forces vont forcément lâcher. Et le départ du pouvoir pourrait être chaotique. C’est ce qui expliquerait en grande partie, le choix de se retirer en douceur pendant que le curseur est placé haut.

La grande idée qui pourrait surprendre le monde entier, c’est de rendre le tablier avant terme. C’est-à-dire, faire l’annonce de son retrait dès ce 18 juin 2024 et laisser la Constitution jouer son rôle de régulateur du processus de succession. Afin que tout cela marche comme sur les chapeaux de roues et sans accrocs, superstition oblige, la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro a été zappée pour l’Hôtel Ivoire d’Abidjan-Cocody. Qui est fou ?

Pourvu seulement que « le vieux soit prêt. Car, il y a quelques jours en arrière, il confiait à quelqu’un n’avoir pas fini de mettre de l’ordre dans ses affaires », assure un opérateur économique proche du pouvoir. C’est vrai. Après quinze années d’exercice du pouvoir dans un pays africain, l’on ne part pas, comme ça, sans être sûr et certain d’avoir assuré ses arrières.

Abdoulaye Villard Sanogo

Partarger cet article

En lecture en ce moment

Gervinho d'accord pour revenir avec les Eléphants de Côte d'Ivoire

Dispatching de Yamoussoukro : Une infrastructure stratégique pour le secteur électrique ivoirien