Il est disqualifié







Pour de multiples raisons dont la plus importante est peut-être le rapport du citoyen à la loi, les Etats-Unis d’Amérique sont perçus comme la démocratie la plus avancée du monde occidental. Sous ce rapport-là, il y a une sorte de contrat tacite qui lie l’individu à l’Etat de façon quasi-organique. Ainsi, même quand il enfreint les règles, le contribuable américain n’en continue pas moins de reconnaitre leur valeur intrinsèque et de s’y se plier aux conséquences de ses actes.

 

Au nom de ce que la loi est la fondation sur laquelle repose tout l’édifice des USA et qu’elle s’applique indifféremment à tous : du technicien de surface au président de la République.

 

Pour parvenir à cet équilibre, aucune des trois grandes institutions de ce système de gouvernance ne bénéficie de pouvoirs absolus. Que ce soit l’exécutif, le législatif ou le judiciaire, tout le monde est soumis aux rigueurs de la loi rendue incontournable grâce au civisme des organes de contrôle (police des États, police fédérale, FBI, NSA etc.) et la presse. Bien sûr, tout ne baigne pas dans l’huile. Parce que, comme partout ailleurs au monde, il existe là-bas aussi des policiers corrompus et des magistrats véreux. Mais, d’une façon générale, l’oncle Tom s’assure que personne, y compris le chef de l’Etat, ne passe entre les mailles du filet de la loi.

 

Résultat, la société américaine est ordonnée. On le voit de manière éclatante dans les rues et dans les magasins de vente de biens de consommation. Dans la rue, en cas d’embouteillage, aucun automobiliste ne cherche à passer devant les autres en empruntant le passage réservé aux véhicules d’urgence (police, pompier, ambulance) ou aux piétons. De même, dans les magasins, on fait la queue à la caisse de très bonne grâce. Chacun attend sagement son tour. Dans le bus, les sièges réservés aux handicapés restent vides s’il n’y a pas de handicapés à bord. Il en est de même pour les places de parking.

 

En Côte d’Ivoire, il en va autrement. Non parce que le pays ne dispose pas d’une batterie adéquate de lois, mais parce que les hommes chargés de s’assurer de leur application effective manquent cruellement à l’appel. A commencer par le gouvernement lui-même. Pour preuve, le 7 mars dernier,  en violation flagrante du règlement de l’Assemblée nationale, le député Amadou Soumahoro, au nom de son appartenance au RHDP, a été propulsé à la tête de la 2ème chambre du parlement ivoirien. En remplacement du président Guillaume Kigbafory Soro, contraint à la démission par le parti au pouvoir quelques jours plus tôt. Et, les exemples de ce type sont légion.

 

Au mois de février, notre confrère « l’Eléphant Déchainé » a révélé, avec force détails, le détournement de 400 milliards de fcfa des caisses de l’Etat. L’affaire a fait grand bruit dans la presse et sur les réseaux sociaux. Mais cela n’a guère ému le gouvernement ivoirien qui s’est contenté de prendre des « mesurettes ». Oubliant que les investisseurs étrangers auxquels il s’adresse régulièrement pour de nouveaux euro bonds, veillent au grain. En même temps que les Ivoiriens, ceux-ci notent que le régime Ouattara est aujourd’hui totalement disqualifié. Puisque, censé implémenter la loi dans toute sa rigueur, ce gouvernement-là est le 1er à piétiner les règles de gestion saine de l’Etat. Ailleurs, il se serait démis. Mais ça, c’est ailleurs. Pas en Côte d’Ivoire.

 

Ceci expliquant cela, on peut comprendre l’attitude générale des citoyens ivoiriens à l’égard de la loi. Parce qu’il suffit de jeter un coup d’œil sur ce qui se passe dans la rue pour s’apercevoir que les lois n’ont aucune vie sociale. Exemple parlant, la circulation urbaine où les automobilistes (chauffeurs de taxis et de woro-woro) imposent leurs propres règles. Sous l’œil  indifférent des forces [dites] de l’ordre. La tendance est donc à se faire « justice » un peu partout dans le pays (Odienné, Korhogo, Katiola, Bouaké…Béoumi). C’est la loi du plus fort, du plus nanti en relations. Point commun à tous ces actes de vandalisme, le saccage systématique des biens de l’Etat. Parce qu’en face il n’y a rien ? Où va la Côte d’Ivoire ?

 

Fil rouge

Par Bamba Franck Mamadou

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