Blé Goudé : « Le président Ouattara a mal fait de se dédire »





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ENTRETIEN. La perspective de la présidentielle du 31 octobre fait monter la tension en Côte d'Ivoire. Depuis La Haye, Charles Blé Goudé s'est confié au « Point Afrique ».

16 h 45, dans le quartier chic de la Gare centrale de La Haye. Onzième étage du building hypermoderne fait de verres, l'ambiance est euphorique. Une dizaine de personnes, des femmes, des hommes, s'agitent autour de celui qu'ils appellent tous « le leader ». L'atmosphère est détendue, les poignées de main et les accolades chaleureuses, quelques blagues fusent.
Le sourire franc, la poignée de main aussi ferme que chaleureuse, Charles Blé Goudé, 48 ans, arrive droit sur nous, sanglé dans un costume bleu foncé taillé sur mesure. L'homme, de taille moyenne, possède ce mélange d'espièglerie et de désinvolture des esprits libres, de ceux qui n'ont rien à prouver, à part peut-être à eux-mêmes. Celui qu'on a longtemps surnommé le général de la rue n'a rien perdu ni de sa verve ni de son charisme. Il n'est candidat à rien, ne harangue plus les foules, et pourtant Blé Goudé, qui a vécu plus de vies qu'une main compte de doigts, continue d'occuper une place à part dans la vie politique ivoirienne. Depuis son acquittement de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale (CPI) en janvier 2019, l'ex-ministre de la Jeunesse et compagnon d'infortune de Laurent Gbagbo n'a toujours pas réussi à quitter les Pays-Bas. Il y a dix ans, son pays vivait l'une des plus graves crises post-électorales de son histoire, née du refus du président sortant Laurent Gbagbo de reconnaître la victoire d'Alassane Ouattara. De nombreux observateurs, des ONG estiment que Blé Goudé a été l'un des principaux acteurs de la montée de la tension en Côte d'Ivoire dans la décennie 2000, qui a culminé en 2010-2011 avec des violences post-électorales ayant fait plus de 3 000 morts. Aujourd'hui, le même scénario est-il en train de se dessiner ? Dans l'attente d'un éventuel procès en appel, Blé Goudé, qui loue un appartement non loin de la prison de Scheveningen où il a passé six ans, veut partager son expérience dans un langage sans détour, fidèle à lui-même. Il s'est confié au Point Afrique.

Le Point Afrique : Dans un peu moins d'un mois, la Côte d'Ivoire va élire un nouveau président, on vous a très peu entendu, avez-vous choisi votre camp ?

Charles Blé Goudé : Personnellement, je ne trouve pas le moment opportun pour soutenir telle ou telle candidature. Je pense plutôt à la Côte d'Ivoire. C'est pourquoi je lance un appel pour un report du scrutin électoral, que je trouve conflictuel. À un mois des élections, la Côte d'Ivoire compte déjà des morts. Ce sont des signes annonciateurs de ce qui nous attend pendant et après les élections. J'appelle donc à des assises nationales qui vont permettre aux filles et aux fils, aux forces vives de la Côte d'Ivoire de s'asseoir autour d'une table afin d'échanger sur les sujets qui préoccupent notre nation, même ceux qui fâchent, afin d'apaiser le climat politique. De telles assises seraient une chance pour que le vainqueur de cette élection gagne dans la paix.

N'est-ce pas un peu tard ?

Non, le temps n'est pas compté quand il s'agit de paix.

Honnêtement, vous faites cette proposition parce que vous êtes hors du jeu politique ?

Absolument pas. Je ne suis pas candidat à ce scrutin parce que non seulement je suis en attente d'un éventuel procès en appel à La Haye, mais mon mentor Laurent Gbagbo est candidat. Je ne veux pas être en compétition avec lui. C'est une question de principe.

En avez-vous discuté avec Laurent Gbagbo ?

Ce ne sont pas des sujets dont nous discutons au téléphone. Tant que le président Laurent Gbagbo ne sort pas du jeu politique, moi, Charles Blé Goudé, je ne peux accepter une candidature en Côte d'Ivoire. Lire la suite sur lepoint.fr

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