Ouattara, Soro, la perpétuité et le juge Bini Kouakou







Le juge Bini Kouakou va-t-il faire mentir Alassane Ouattara qui a déclaré à France 24 : « Pour lui (Guillaume Soro, ndlr), ce sera la prison. Il n’y a aucun doute là-dessus. Il mérite la prison à perpétuité… » ?   

Cette déclaration concernant l’ancien chef du Parlement ivoirien, le président de la République l’a faite lors d’une interview en octobre 2020 avec nos confrères de France 24. « Après les mutineries de 2017, on a trouvé des tonnes d’armes chez lui. Puis nous en avons trouvées au siège de son parti. En quoi un président de l’Assemblée nationale a-t-il besoin d’avoir des lance-roquettes au siège de son parti ? Il y avait une organisation en vue d’effectuer un coup d’Etat », a tranché le juge, pardon, le président de la République Alassane Ouattara. Ce jour-là, l’opinion a certainement mieux compris à quel point il en veut à son « fils rebelle » Guillaume Soro. Celui-là même qui a osé refuser d’adhérer au Rhdp en 2019, et prétendre au fauteuil présidentiel que le ‘’père’’ avait, à l’époque, choisi de réserver à un autre de ses ‘’fils’’, le défunt Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.  

Suite à la prédiction d’Alassane Ouattara, nous n’avons donc pas été surpris d’entendre le procureur Adou Richard requérir la prison à vie contre le leader de GPS dans le cadre du procès au tribunal criminel. Cependant, bien que venant d’un chef de parquet soumis à la subordination hiérarchique, dont la carrière et la discipline dépendent du ministre de la Justice (il est donc le prolongement de l’exécutif), sa demande a paru gros. Car, il reste dans la conscience un magistrat. Un technicien du droit qui a pu constater la faiblesse du dossier d’accusation, et qui est censé faire une appréciation moins émotive que celle d’un chef d’Exécutif qui cherche à régler des comptes politiques.

D’ailleurs, jusqu’à l’étape des plaidoiries, l’accusation n’a présenté aucune preuve attestant une volonté d’utiliser les armes citées à une fin de coup d’Etat. Bien au contraire, le chef de sécurité, le commandant Kassé Jean-Baptiste, a expliqué, sans être contredit par quiconque, que ces armes font partie de la dotation de la garde rapprochée de Guillaume Soro depuis 2007.  Cette dotation, poursuit-il, avait été faite par Diomandé Vagondo, actuel ministre de l’Intérieur au moment où Soro était ministre d’Etat, ministre de la Reconstruction. Donc, la hiérarchie militaire était censée savoir l’existence de cette dotation qui n’est pas la seule du genre pour une garde rapprochée en Côte d’Ivoire (puisqu’on voit circuler la garde présidentielle également avec des armes lourdes…).  Il ne faut pas l’oublier, avant l’adoption de la Constitution de 2016, Guillaume Soro était la deuxième personnalité de l’Etat.

 

 

 

 

En outre, les sergent-chef Fofana, Kouakou Konan, Kamagaté Adama, Dosso Seydou, membres de la garde de l’ancien président de l’Assemblée nationale, ont affirmé devant la Cour que celui dont ils étaient chargés de la protection, ignorait la présence d’armes à l’annexe du bâtiment qui servait de quartier général à GPS à Cocody-Riviera-Golf.  

Quant à la cargaison retrouvée à Bouaké, à la résidence de Koné Kamaraté Souleymane dit Soul To Soul directeur de protocole de l’ex-PAN, et non chez Soro comme cela a été dit, son existence était également connue de la hiérarchie militaire. Pour des raisons de secret défense, Soul To Soul n’a pas voulu s’étendre sur le sujet à l’audience. Pour les mêmes raisons, nous l’écrivions précédemment, le commandement militaire saisie de cette affaire en 2017 lorsque Soul To Soul devait être arrêté, a préconisé que ce dossier soit classé sans suite de peur d’exposer à la place publique des secrets militaires. C’est sans doute pour cette raison que Soul a été finalement libéré sans procès.      

En cinq audiences au tribunal criminel, l’accusation n’a pu montrer aucun élément prouvant un plan commun d’atteinte à la sûreté de l’Etat préparé par Guillaume Soro et ses co-accusés.

A la surprise générale, le procureur n’a requis que 17 mois de prison contre certains mis en cause détenus depuis 18 mois. Ils devraient être bientôt libérés.

En l’absence de toute preuve d’un projet de coup d’Etat entre Guillaume Soro et les militaires de sa garde, encore moins entre lui et ses co-accusés civils, sur quelle base peut-on conclure qu’il est coupable de cette charge ? Voici pourquoi le verdict qui sera prononcé par le jury présidé par le juge Bini Kouakou est assez attendu. Va-t-il lui aussi suivre aveuglement le vœu exprimé par Alassane Ouattara ? Va-t-il, au contraire, dire le droit en toute indépendance ?  On saura la réponse demain mercredi 23 juin, date du délibéré.

Cissé Sindou         

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