Lutte contre le tabagisme : Dr Koffi Nestor appelle les professionnels des médias à s’approprier la loi anti-tabac (Interview)





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La loi anti-tabac a été au centre d’une interview que nous a accordée au docteur Koffi Nestor, chargé de l’information, de l’éducation et de la communication au Programme national de lutte contre le tabagisme, l’alcoolisme, la toxicomanie et les autres addictions (PNLTA). Tout en reconnaissant que cette loi est assez méconnue du grand public, il a invité les hommes de médias à jouer pleinement leur partition en aidant les autorités à faire sa promotion.

Pour faire face aux menaces sur la santé du fumeur et de son entourage, le gouvernement ivoirien a adopté une loi anti-tabac. Pouvez-vous nous en dire plus?

Je dirais plutôt que face à l’épidémie tabagique, vue l’ampleur du tabagisme dans le monde, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a pris un traité international pour juguler ce problème du tabagisme. Un traité international appelé Convention-cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac qui avait pour objectif de prévenir les effets nocifs, dévastateurs, socio-économiques et autres du tabagisme.  Cette convention-cadre a eu l’adhésion de la quasi-totalité des pays du monde. Et donc, c’est tout naturellement que la Côte d’Ivoire l'a ratifiée. Dans sa mise en œuvre, le ministère de la Santé, à travers le PNLTA, a pris un certain nombre de décrets dont l’interdiction de fumer dans les lieux publics en 2012, et la prise d’une loi anti-tabac en 2019. Cette loi anti-tabac été prise dans l’esprit de la convention-cadre de la lutte anti-tabac. C’est une loi, un acte politique pour favoriser la santé, pour faciliter la santé.

Quel a été, selon vous, l’impact de cette loi sur les populations ?

Cette loi a eu un impact positif sur les populations. Le problème qui se pose actuellement, c’est que les uns et les autres doivent s’approprier la loi anti-tabac. Nul n’est censé ignorer la loi, dès lors qu’elle fait partie du corpus juridique ivoirien. Si Etat de Côte d’Ivoire a jugé bon de prendre cette loi, elle s’impose à tout le monde.Je saisi d’ailleurs cette occasion pour lancer un appel à l’ensemble de la population : les journalistes, les communicateurs, les médecins. Tous les corps de métier doivent s’approprier cette loi, parce qu’il y va de la santé de la population. C’est une mesure de santé publique.

Vous souhaitez que les populations ivoiriennes s’approprient cette loi. Mais le constat est qu’elle est méconnue ou simplement ignorée. Notamment l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou encore l’interdiction de la vente à l’unité. Alors on se demande pourquoi adopter des lois si on ne peut pas les faire appliquer ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la loi a été prise, mais c’est maintenant que les décrets d’applications sont en train d’être mis en place. Il y a deux décrets qui ont été signés. Un décret portant sur la traçabilité des produits du tabac et un autre décret sur l’étiquetage. Très bientôt, vous verrez que les cigarettes ne seront plus vendues dans les boutiques. Il aura des points de vente agréés comme c’est mentionné dans la loi.

Dans toute la commune de Cocody, par exemple, il y aura un seul point de vente et on ne vendra pas à l’unité. On vendra par paquets. Et le paquet sera plus cher. C’est ce qu’il faut comprendre. La Côte d’Ivoire est sur la bonne voie. Notre pays a pris une loi anti-tabac, dès lors, l’engagement de l’État est total. Maintenant il y a ce qu’on appelle les décrets d’application. Et ça, c’est un autre processus, c’est ce que nous sommes en train de faire.

Et pendant que les décrets sont en train d’être mis en place, notamment la loi anti-tabac, elle continue d’être violée impunément...

Quand vous dites que les gens violent la loi, mais sachez que la dépendance tabagique est une maladie.  C’est l’acquisition d’une mauvaise attitude. Et pour le changement, il faut un processus de longue haleine. Ça ne peut pas se faire du jour au lendemain, il faut du temps. C’est en cela que nous procédons par étape. Nous avons entamé la phase de sensibilisation, d’explication pour montrer le bien-fondé de la loi et expliquer aux gens pourquoi cette loi a été prise. Et maintenant nous sommes à une phase de répression. En dehors même de la cigarette que vous connaissez, les forces de l’ordre vont sur le terrain pour ramasser les narguilés (pipe à eau pour fumer du tabac), les chichas et autres. Nous sommes dans la phase de répression. Mais comme on dit, ce qui prime chez nous, au niveau du ministère de la Santé, c’est l’aspect santé publique. Nous ne sommes pas là pour pourchasser les gens, pour prendre des amandes, mais ce que nous cherchons, c’est le changement de comportement, et l’adoption des attitudes qui favorisent la santé. C’est de cela qu’il s’agit.

L’interdiction de fumer dans les lieux publics était très respectée dans les bars, les boîtes de nuit et autres. Mais il y a eu plein d’éléments, comme l’avènement de la Covid-19, qui ont fait que la sensibilisation a baissé et il y a eu un peu de régression du taux d’application. Mais nous sommes en train de refaire ce travail. Mais je vous assure qu’actuellement la chicha est en train de disparaitre.

Comment se passe exactement la phase de répression ?

On va sur le terrain et on constate que vous vous êtes en train de fumer, on vous intercepte et on vous colle l’amende. Et puis le propriétaire du lieu public, il paie plus cher parce qu’il est censé faire respecter le décret dans son espace. Vous laissez les gens venir la fumer à longueur de journée dans votre espace pendant que vous ne fumez pas. Mais vous êtes en train de mettre en péril votre santé et le personnel qui travaille avec vous. Il faut protéger ce personnel. C’est au propriétaire de faire respecter la loi dans son espace. Vous ne fumez pas et à la longue (10, 15, 20 ans), vous avez des cancers du poumon.

Vous parlez de phase répressive dans les espaces publics, mais il y a aussi des personnes publiques qui violent de façon flagrante la loi anti-tabac à travers des posts sur les réseaux sociaux, sans être inquiétés. Quel commentaire cela vous inspire ?

Je vous l'ai déjà dit, chacun, à son niveau, doit s’approprier la lutte anti-tabac. Vous relevez des scènes tabagiques. Quand vous me parlez des réseaux sociaux, ça fait partie de la communication et là vous pointez du doigt les professionnels des médias et de la communication que vous êtes. C’est de ça qu’il s’agit. Vous devez vous approprier la loi anti-tabac. Vous avez des canaux bien précis, quand il y a des vidéos qui arrivent, visualiser-les et interpellez les personnes qui ne sont pas correctes. C’est cette conscientisation que nous attendons de vous. Parce que les professionnels des médias, vous avez une grande part dans l’application de la loi, il y a des articles qui vous intéresse.  

Ces célébrités que vous avez citées sont des modèles et elles sont suivies par les jeunes. Donc il faut les sensibiliser. Ils doivent comprendre que le tabac est proscrit, la publicité du tabac est proscrite. Et ça, les influenceurs que vous citez sur les réseaux sociaux, doivent le savoir. Vous, hommes de médias, vous avez des faitières et c’est par ces canaux que vous devez les atteindre. Ces artistes sont des icônes, ils doivent servir d’exemple à la jeunesse, mais ils les entrainent sur un mauvais chemin, il y a problème. C’est pour vous dire que nul n'est censé ignorer la voix. Chaque à son niveau, dans son corps de métier, doit lire la loi, et faire en sorte de ne pas être en porte à faux avec cette loi.  Donc, vous journalistes, êtes fautifs et ils sont fautifs. Tout le monde est fautif.

Qu’en est-il des industries de tabac ?

L’Industrie du tabac, oubliez-là, ne dites pas pourquoi on n’interdit pas cette industrie. L’interdiction totale n’a jamais rien arrangé.  Le tabac est un poison, vous avez le devoir de ne même pas en toucher.

Alors pour vous, les hommes de médias ont un rôle prépondérant dans la promulgation de la loi anti-tabac ?

 Oui, vous êtes professionnel des médias, nous vous avons formé, nous vous avons dit de vous approprier la loi, de regarder les aspects qui vous intéressent. Parce que vous savez, la communication, les journalistes, les professionnels des médias détiennent le 4e pouvoir.  Vous êtes des éveilleurs de la conscience collective…. Donc vous devez prendre à bras le corps le rôle qui est le vôtre, et jouer pleinement ce rôle. 

Quel message à l’endroit des populations qui ignorent ou qui foulent aux pieds cette loi ?

Je voudrais dire que nul n’est censé ignorer la loi. Il y a une loi anti-tabac qui a été prise, il appartient à chacun, dans son domaine d’activité, de voir quel aspect de cette loi l’intéresse et voir comment faire respecter cette loi qui est une mesure de santé publique. L’Etat a le souci de faire en sorte que sa population se porte bien. Vous savez que quand la population se porte bien, l’économie va mieux. Donc cette mesure, c’est pour le bien-être de la population ivoirienne.

C’est un appel à la jeunesse. C'est comme si on vous demandait de faire un choix entre la vie et la mort. Je pense que le choix ne se pose pas.

Interview réalisée par Gaël ZOZORO

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