Trêve sociale : Zadi Gnagna exprime sa reconnaissance à Alassane Ouattara et plaide pour une prime exceptionnelle pour des fonctionnaires





treve-sociale-zadi-gnagna-exprime-sa-reconnaissance-a-alassane-ouattara-et-plaide-pour-une-prime-exceptionnelle-pour-des-fonctionnaires


Le Premier ministre ivoirien Patrick Achi a procédé le 30 juin au lancement officiel du processus de discussions entre le gouvernement et les syndicats des travailleurs en vue de la signature d’une autre trêve sociale après celle de 2017 et qui prend fin en août 2022. Le président de la centrale plateforme nationale des organisations professionnelles des secteurs public et privé, Zadi Gnagna, dans une interview, est revenu sur les précédents accords avec le gouvernement et exprimé toute sa reconnaissance au président de la République qui a permis au gouvernement de « respecter en heure et en date », ses engagements.

Il a également plaidé pour un 13e mois qui selon lui n’est ni plus ni moins qu’une prime exceptionnelle de fin d’année aux fonctionnaires

Vous avez effectué tout dernièrement une tournée dénommée la caravane de l’Iroko. Quelle est la quintessence de cette tournée ?

La caravane Iroko avait pour objectif d’aller aux contacts de nos camarades sur le terrain, ce qui est une des obligations du syndicaliste qui doit être en contact, porter l’information à la base, surtout que nous avons un contexte de discussion. Il était bon qu’on aille vers nos camarades pour leur donner l’information du niveau de discussion auquel nous étions à cette époque pour que, eux également, nous apportent leurs amendements, leur éclairage et leur soutien dans ce processus. 

Nous leur avons également expliqué la nécessité de comprendre les nouveaux modus operandi des discussions ou le Gouvernement souhaite un épisode d’accalmie qu’il appelle trêve sociale ; que nos camarades aient une bonne compréhension parce qu’entre-temps, la désinformation était passée par là. Il était bon qu’on aille au contact et leur expliquer que ce n’est pas la fin du syndicalisme, ni de nos moyens d’action. Mais c’est une opportunité pour briser les murs de méfiance avec l’État et aller au contact pour obtenir de nouveaux acquis pour que nos conditions de vie s’améliorent.

Après cette tournée, avez-vous obtenu le OK de la base pour aller aux discussions en leur nom ou a-t-elle émis des réserves ?

La base nous a donné son OK. Au regard de tout ce que nous avons fait sur le terrain. Nous avons obtenu de la base, de continuer les discussions. Elle nous a appelés à la vigilance et à la fermeté vis-à-vis de leurs préoccupations qu’ils estiment majeures. Donc, la base est avec nous.

Selon vous, qu’est ce qui a suscité cette adhésion ?

Ce qui a véritablement suscité cette adhésion, c’est ce que nous avons acquis en 2017. Le bilan des accords de 2017, le bilan sur les revendications et sur la trêve ont amélioré sensiblement les conditions sociales des fonctionnaires.

C’est notre parcours et les acquis d’hier qui font qu’ils ont confiance en nous et à la plate-forme, convaincus que nous serons toujours là pour défendre leurs intérêts les plus importants.

Et quel est ce bilan ?

Ce bilan donne près de 350 milliards investis par le gouvernement de Côte d’Ivoire pour apurer le stock d’arriéré qui était difficile. En plus, le gouvernement a recruté des fonctionnaires et à améliorer leurs conditions salariales. Cela a amélioré les relations entre l’État et nous. Vous savez tous qu’en Côte d’Ivoire, généralement, c’est à l’issue d’une grève qu’on s’asseyait pour discuter. Or, depuis cette époque, l’expérience de la trêve sociale a permis de faire en sorte que nous ayons des rencontres périodiques, qu’il y ait des fora de discussions et nos camarades ont vu que la paix sociale profite à nous tous. C’est notre pays. Donc la paix sociale est rentable pour nous et en plus, ils ont également perçu que la plate-forme a respecté sa part de parole. En dépit de tout ce qui a été dit, nous sommes restés fermes et au final, ceux qui ne comprenaient pas nos positions nous ont rejoint et ont compris qu’avec l’État, il faut prioriser la discussion.

C’est vrai que nous avons l’arme de la grève qui est l’arme ultime. Mais quand on a la chance de discuter, quand on nous offre la table, nous devons être les plus grands preneurs pour que nous puissions avancer rapidement.  

Le 30 juin, le Premier ministre a lancé officiellement le processus de discussions pour la signature d’une autre trêve. Pensez-vous que le Gouvernement est réellement prêt à aller à la trêve ?

Pour le moment, nous avons confiance parce que le Gouvernement lui-même a tiré parti, bénéfice de l’accord que nous sommes en train d’enterrer. C’est pourquoi lui-même, il a respecté sa parole.

Nous ne cessons de dire merci au président de la République pour avoir permis au gouvernement de respecter en heure et en date, sa parole et d’avoir payé tout ce qui était dû. C’est une grande chose qu’il faut mettre en lettre d’or. Parce que pour demander quelque chose de nouveau à un père, il faut lui dire merci d’abord. Je voudrais mettre un accent particulier sur cette reconnaissance que nous avons pour le président de la République, pour tout ce qu’il a fait pour les fonctionnaires ivoiriens et qui n’est pas toujours suffisamment dit. On ne parlera même pas du déblocage des avancements.

Pas mal de choses qui sont des acquis aujourd'hui. Nous comptons sur lui pour que les fonctionnaires continuent de voir leur condition s’améliorer. C’est pourquoi nous lui demandons parce que c’est à un père qui donne qu’on demande. Pas à un père fouettard.

Les tractations que nous avons ces dernières heures montrent bien que le Gouvernement est dans une volonté d’aller à un véritable apaisement et à instituer en Côte d’Ivoire, la culture du dialogue social.

Outre les retombées pécuniaires pour les fonctionnaires, qu’est-ce que cette trêve va apporter à l’Etat ?

Si nous réussissons ce dialogue, avec des résultats probants pour les fonctionnaires, je pense qu’on aurait gagné sur plusieurs années la paix sociale. Et c’est ça l’enjeu. Au-delà de ce que chacun peut gagner pour sa poche, c’est-ce que nous faisons pour l’histoire de notre pays, c’est ce que nous apportons pour la paix sociale pour notre pays, pour le développement pour notre pays. Parce que quand il y a beaucoup de grèves, la confiance est rompue et les bailleurs hésitent. On a vu que pendant 3 ans ; 4 ans, on a connu une accalmie générale. Ça permis aux bailleurs de fonds de venir et l’État de gagné de l’argent. Si nous maintenons cette paix sur 5 ; 10 ; 15 et 20 ans, avec ces rencontres périodiques, des améliorations périodiques des conditions sociales des fonctionnaires, vous imaginez que notre pays va rapidement atteindre les sommets. Et ça va être bénéfique à nous tous. C’est ce que nous saluons.

Vous avez dit qu’au niveau du bilan, il y a eu des avancées et vous êtes encore en pleine discussion, pouvons-nous savoir les nouvelles revendications que vous allez porter lors de ces discussions ?

Les revendications peuvent être regroupées en trois grands groupes. Les revendications transversales, c’est-à-dire celles qui concernent le fonctionnaire quel qu’il soit. Ces revendications portent sur l’indice référentiel donc sur l’indice de salaire, sur des accessoires de salaire comme le transport, les allocations familiales, les indemnités de logement et la demande de nouvelles primes comme la prime de fin d’année que nous, on a appelé 13e mois.

Pour nous, cette prime n’est ni plus ni moins qu’une prime exceptionnelle de fin d’année qui serait une grande première,  historique si le président de la République accédait à cette demande.

Il y a la question liée à la retraite. Nous demandons que les pensions de retraite soient également améliorées parce que nos retraités sont dans une société où on voit leur pouvoir d’achat diminuer alors que le coût de la vie prend l’assesseur. On ne peut pas améliorer les conditions salariales des travailleurs en activité et les laisser pour compte. Il y a également des questions qui sont liées aux grades, à des profils de carrière qui sont demandés. Tout cela est regroupé en 89 revendications corporatistes et plus de 200 revendications de gouvernance qui sont liées à des aménagements internes dans les ministères.

S’agissant du 13e mois, pensez-vous véritablement que cela est possible au niveau de la fonction publique ?

Qu’est-ce qui est impossible. Quand nous luttions hier pour le stock des arriérés, on nous disait que c’était impossible. Nous l’avons obtenu. Il y a pas mal de questions comme celle-là qui étaient perçues comme impossibles, mais qui sont rentrées dans l’ordre du réel et de l’existant. Donc nous sommes confiants. C’est pourquoi j’argumente pour dire qu’on peut dire que le 13e mois n’est pas statutaire. Mais c’est les hommes qui instaurent les choses en tenant compte de l’évolution de la vie.

Ce serait historique en Côte d’Ivoire que cela soit octroyé quand on sait que cette période est une période tumultueuse pour tous et que le mois de janvier dans l’administration ivoirienne est perçu comme le mois où il y a le plus d’absentéisme dans l’administration. Cela est lié au fait que c’est le même salaire qui fait tout dans ce mois et qui doit en même temps prendre les charges de janvier. Nous pensons que ça va avoir un impact socio-professionnel et politique si c’est fait.

Quelles sont vos solutions pour régler le problème des enseignants contractuels ?

Moi, je voudrais saluer le gouvernement parce que notre combat, c’était que leur décret d’intégration soit pris et il y a quelques jours, le ministre de la fonction publique nous a annoncé que le décret est pris. Donc la plus grande partie de leur préoccupation est résolue. C’est vrai que pendant six mois, ils n’ont pas eu de salaire. Mais ils sont dans un processus d’intégration. C’est déjà à saluer. C’est pourquoi, nous félicitons le ministre Mariatou Koné, le ministre de la fonction publique, le Premier ministre d’avoir perçu notre message et mis fin en partie à ce blocage.

Vous êtes plusieurs syndicats face au gouvernement, ne craignez-vous pas de ne pas parler tous de la même voix ?

Oui, c’est une préoccupation, mais nous sommes habitués. C’est vrai qu’on a plusieurs syndicats, mais nous réussissons à parler d’une seule voix. De plusieurs voix, mais qui disent la même chose et ça donne un écho plus fort qu’une seule voix qui peut ne pas être plus forte. Nous nous consultons régulièrement les huit organisations qui sont sur la table pour ne pas tomber dans le piège.

Interview réalisée par Lambert KOUAME

En lecture en ce moment

Point de la situation de la COVID-19 au 22 aout 2020

Crise dans l’école ivoirienne : Ta Lou Marie Josée exhorte le gouvernement ivoirien à se pencher sur la situation.