La nuit va-t-elle tomber sur le Faso en plein jour ?





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Comment ne pas être sensible ! Dans une séquence vidéo de la télévision nationale du Burkina Faso qui circule sur les plates-formes interactives, l’on voit le jeune capitaine-président du pays des hommes intègres. Le chef de la junte au pouvoir reçoit les hommes politiques et les responsables de la société civile. Objectif, leur donner les nouvelles réelles du terrain militaire et l’état complet de la nation.

Les mains gantées, treillis militaires, béret rouge, visage fermé hermétiquement, l’homme, assis seul sur une table en bois ciré en face d’un parterre de personnalités, parle. Le ton est posé. Le verbe est haut et ne laisse aucune place au divertissement habituel. L’affaire est très grave puisque la presque totalité du pays échappe à l’Etat central et se trouve dans les mains de l’ennemi : les jihadistes.

Pour autant, aucun mot qu’utilise le jeune président de la transition ne vient au-dessus de l’autre. Tous communiquent dans une harmonie musicale afin de faire passer le message savamment préparé : dire la vérité, toute la vérité jamais dite aux acteurs de la société afin que chacun d’eux sache à quoi s’en tenir. Le capitaine décrit alors la situation avec les mots qui conviennent.

L’exercice qui aurait dû être difficile l’est moins avec lui. C’est qu’il connaît parfaitement le terrain pour y avoir été en tant que soldat et dirigeant de troupe. Partisan du discours nouveau, celui de la vérité crue, il ne pointe aucun obstacle ou cause extérieure à son pays. Pour lui, cette terrible situation que connaît son Faso est la résultante de la méchanceté et l’égoïsme des hommes et femmes burkinabè. Eux qui n’ont jamais pensé à aider les autres : les frères et sœurs qui habitent loin de la capitale et des centres de décision.

Preuves et exemples à l’appui, il montre la vie dans ces régions reculées du pays où il faut faire des kilomètres à pied à la recherche d’un bidon d’eau. Preuves et exemples au bout des mots, Ibrahim Traoré présente des hommes et des femmes n’ayant pour seule nourriture que l’herbe. Toujours à l’appui de son speech, le militaire devenu chef d’Etat par la force des choses donne une grosse information à son auditoire médusé et tétanisé.

Selon lui, pendant qu’il faisait le tour de ces régions à pied avec ses troupes, il prenait notes et à la fin de chaque tournée, il faisait un rapport à sa hiérarchie. Mais comme l’on peut s’en douter, jamais ces rapports circonstanciés n’ont été pris en compte. Pourtant, ils contenaient bien des informations dont avait besoin le pouvoir central pour prendre les bonnes décisions. Il s’agit des risques à venir sur la sécurité nationale, la santé publique. Il s’agit aussi des anomalies avérées et, surtout, des dysfonctionnements administratifs.

Le diplômé en sciences naturelles de l’université de Ouagadougou n’est certainement pas homme à mener des réflexions unijambistes. Il connaît la dialectique et s’en est servi dans son adresse spéciale de ce jour-là. Pendant que les parents des villes et villages, aux fins fonds du pays, se démerdent et appellent au secours afin qu’on leur construise des ponts de fortune, qui leur permettront de faire leurs longues marches et chevauchées à travers le sahel à la recherche d’une hypothétique oasis, dans les villes du pays et principalement à Ouagadougou, on fait la bamboula. Quelle inconséquence ! quelle méchanceté !

Pour le capitaine Traoré, c’est assurément cette regrettable situation créée de toutes pièces par la mauvaise gouvernance jusque-là observée dans son pays qui a fait de cette zone sahélienne, le terreau fertile du jihadisme, qui ne demandait que ça pour s’installer aisément en apportant de petites aides aux populations en souffrance. Même s’il ne le dit pas très clairement, la solution pour lui serait d’abandonner totalement cette politique nuisible aux intérêts vitaux du pays si l’on veut que la nuit ne tombe pas sur le Faso en pleine journée.

Ayant les manettes du pouvoir, il s’est résolu à mettre en pratique les recommandations qu’il avait faites à sa hiérarchie du temps où il était sur le terrain en tant que commandant de troupe. Des vivres et non-vivres ont commencé à être acheminés vers ces populations en détresse. Des routes ont commencé à être faites ou refaites et la reconstruction ou construction des ponts va suivre très certainement.

Si la vidéo ne nous donne pas la réponse des hôtes du président Traoré, on image aisément que l’émotion était très forte dans la salle au regard des mines tristes et des plis qui se dessinaient sur des fronts froncés que présentait la réalisation de l’événement. On peut le dire sans crainte, le message du chef de la junte est passé. Et, si l’objectif caché était de rassembler le pays entier afin de parler d’une même voix et aller dans la même direction, tout bien pesé, capi IB a réussi à mettre à ses pieds le peuple burkinabè.

Toutefois, il ne suffira pas de mettre toute la société d’accord pour atteindre l’objectif général. Il lui faut maintenant mettre le cap sur cet autre objectif, tout aussi élégant et fondateur, qui n’est rien d’autre que la mise à mort de la politique jacobine. C’est-à-dire, celle qui fait suite à l’installation d’un pouvoir central fort qui décide de tout à la place de la multitude.

 Si le Burkina Faso, sur le chemin de la construction d’un pays nouveau, opte pour une décentralisation du pouvoir bien contrôlée et bien menée, toutes ces dérives et tous ces graves manquements qui l’ont conduit dans les bras des jihadistes ne seront que de bien lointains souvenirs. Et le pays des hommes intègres aura montré la voie. Une fois encore.

Abdoulaye Villard Sanogo

 

 

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