Sarah Codjo (Créatrice de mode): "La mode est l'un des piliers de l'économie» au Nigeria"





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C'est une ville qui s'impose comme un nouveau haut-lieu de la mode à travers le monde. Lagos, la capitale économique du Nigeria, vient d'accueillir une nouvelle édition de sa fashion week. Sarah Codjo, créatrice de mode béninoise, répond aux questions de RFI.

 

Chaque année, à cette période à cheval entre octobre et novembre, plusieurs événements consacrés à la mode sont organisés à Lagos. Dans ce domaine, le Nigeria est largement en avance sur les autres pays du continent. La mode est même devenue l'un des instruments du soft Power nigérian.

 

D’où vient ce rayonnement du Nigeria dans le secteur de la mode africaine ?

Le rayonnement vient d’abord de la solidarité des Nigérians qui consomment absolument local, donc qui très tôt ont poussé vers le haut leurs créateurs en portant à fond les créations réalisées localement. Il y a même le hashtag #ProudNigerian [fier d’être Nigérian, NDLR], qui est très en vogue. Et le deuxième hashtag qui est très en vogue, c’est le #BuyNigerian [acheter local, NDLR]. Donc quand vous voyez un peuple qui met en avant ces deux hashtags, c’est clair que la production est d’abord tournée vers la consommation locale, et ensuite vers la diaspora nigériane. La diaspora nigériane est immense et c’est une diaspora qui est très fière d’acheter de son pays.

 

De quoi on parle concrètement, qu’est-ce qui caractérise cette création nigériane ?

La mode nigériane est très complexe, c’est-à-dire qu’elle s’inspire de l’opulence de l’Orient avec le sequin, les paillettes, les tissus extrêmement brillants, mais aussi toujours avec une touche traditionnelle. En fait, la plupart du temps ce qui se passe, c’est que déjà le Nigeria c’est un marché de consommation énorme, c’est aussi un marché sur lequel il y a des événements, et particulièrement les mariages tout le temps. Et ils ont la notion d’uniforme pour la famille, la belle famille, les amis du marié, les amis de la mariée. Et cette notion d’uniforme les pousse à aller vers les tissus les plus opulents possible, parce que chacun fait une démonstration de force.

 

Cette Fashion Week de Lagos, c’est devenu un événement à ne pas manquer ?

Ce n’est même pas qu’une Fashion Week. Le mois de novembre est vraiment le mois incontournable de la mode en Afrique parce que tous les créateurs africains s’y retrouvent, soit pour défiler, soit pour présenter leur collection. Vous avez les acheteurs qui viennent du monde entier, qui viennent s’inspirer et rencontrer des créateurs. C’est vraiment le pôle d’attraction principal africain pour la mode.

 

Est-ce qu’il y a d’autres pays du continent qui cherchent à suivre l’exemple nigérian ?

Oui. Il y a par exemple la Fashion Week en Afrique du Sud qui est aussi extrêmement dynamique. La différence, je pense que c’est que les Nigérians ont réussi à nous vendre leur culture qui est un mélange d’opulence et de tradition, ce qui fait que les gens se sentent plus concernés, plus attirés par ce pôle que par exemple par ce qui se passe en Afrique du Sud. Et au-delà de la Fashion Week de l’Afrique du Sud, il y a aussi celle de Casablanca, qui est beaucoup plus un pôle pour l’Afrique du Nord pour l’Europe et aussi de plus en plus pour l’Afrique noire.

 

La mode, c’est donc devenu un élément central de l’économie nigériane ?

Je pense sincèrement que la mode au Nigeria, c’est l’un des piliers de l’économie parce que, quand on dit la mode, on ne parle pas seulement des créateurs. On parle des vendeurs d’accessoires, on parle des vendeurs de tissus, des vendeurs de fournitures, les transporteurs, les influenceurs… C’est tout un système économique.

 

Est-ce que dans l’Afrique de l’Ouest francophone, il y a des pays qui tentent de s’engouffrer dans cette brèche ?

La Côte d’Ivoire s’y essaie, et aussi le Sénégal. Ces deux pays-là sont assez dynamiques sur le plan de la mode, avec différents événements de mode qui sont quand même connus dans la sous-région. Mais il y a toujours un décalage entre la rapidité de performance des pays anglophones et des pays francophones. Il ne faut pas qu’on se le cache. Malheureusement, le public francophone a cette réputation de participer aux évènements pour le spectacle, alors que dans les pays anglophones, le public participe pour le spectacle, mais le public participe aussi pour le business. Donc au moment où nos sociétés d’Afrique francophone seront un peu plus tournées vers la consommation, et particulièrement la consommation locale, à ce moment-là je pense que nos Fashion Week en Afrique francophone du moins auront un rayonnement similaire.

 

À l’international, qui sont les promoteurs de cette mode nigériane ?

Les ambassadeurs de la mode nigériane dans le monde, ce sont les célébrités du monde du divertissement. On commence par le monde de la musique avec Davido, Wizkid et Fever, chacun d’eux n’hésite pas à mettre en avant, dans ces clips vidéo lors de ces sorties officielles, du made in Nigerian. Vous avez les chanteuses évidemment, internationales, comme Tiwa Savage, Yemi Aladé dont les clips sont une débauche de couleurs, plutôt une symphonie de couleurs et de matières, et de coupes à la fois modernes et traditionnelles. Vous avez les actrices et les acteurs d’Hollywood. Vous avez aussi les personnalités politiques qui sont connues, pas pour leur costume, mais pour leurs tenues traditionnelles, réalisées au Nigeria. Donc, toutes ces personnes sont autant d’ambassadeurs et d’ambassadrices de la mode nigériane.

Solange ARALAMON  (Source RFI)

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