Situation socio-politique : pourquoi la déclaration des Évêques soulève autant de passions?





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Les Évêques de Côte d’Ivoire, au terme de leur 114e Assemblée plénière tenue, à Korhogo, ont fait une déclaration dans laquelle ils interpellent les Ivoiriens et le gouvernement sur les risques d’un enlisement de la situation socio-politique et donnent les conditions pour des élections apaisées en octobre 2020.
" … Nous désirons ardemment par le présent message, attirer l’attention de tous nos concitoyens sur quelques conditions d’élections justes et apaisées. Nous sommes tous invités à tirer des leçons d’un passé douloureux, afin de reconstruire notre pays et laisser aux générations futures, un héritage d’unité et de paix", informe le message de la Conférence épiscopale avant de donner les conditions pour des joutes électorales apaisées. Conditions qui sont la réconciliation, la concertation et le consensus entre acteurs politiques, l’instauration et la consolidation de l’Etat de droit qui implique le respect de la Constitution et la garantie d’une totale indépendance de la Commission électorale indépendante (CEI) et enfin une élection présidentielle ouverte, qui garantisse l’égalité des chances de tous les candidats désireux de compétir.
Sans langue de bois, les hommes de Dieu ont parlé. Mais, depuis, cette déclaration soulève de réelles passions. Tantôt condamnée tantôt soutenue. Mais les Évêques n’en démordent pas, projetant même une marche dénommée "Allons à la paix".
Ceux qui condamnent le message des Évêques ne retiennent qu’une chose : la demande de libération des prisonniers politiques incarcérés, faisant référence aux leaders de Générations et peuples solidaires (GPS), mouvement politique proche de Guillaume Soro, lui-même sous le coup d’un mandat d’arrêt. Ils s’élèvent contre ce qu’ils jugent comme une "prise de position" de religieux censés être indépendants dans les débats politiques. Ils les rouent dans les brancards les accusant de tous les maux. Le porte-parole du gouvernement, Sidi Tiémoko Touré, avait même apporté la réplique aux Évêques en leur rappelant qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire : "J’ai effectivement pu lire « Prisonniers politiques et d’opinion » dans ladite déclaration et j’aimerais simplement relever que la qualité de politicien ne nous dédouane pas du fait que nous sommes tous des justiciables. D’autant plus quand il s’agit de flagrant délit d’atteinte à la sûreté de l’Etat, il n’y a pas de prisonniers politiques ni de prisonniers d’opinion en Côte d’Ivoire. Il faut que cela soit bien clair".

Faut-il jeter la pierre aux Évêques ?

Par opposition, une autre frange de la population soutient la position des Évêques. Pour ces derniers, les Archevêques et Évêques ont raison d’intervenir dans ce débat puisque, en d’autres temps, ils ont eu à se prononcer sur des sujets politiques sans que cela n’émeuve ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir et leurs soutiens. Ils rappellent entre autres les 500 prêtres qui exigeaient le départ de Gbagbo au plus fort de la crise postélectorale de 2011 ou les propos de Monseigneur Lezoutié demandant au président sortant de partir.
Dans un cas ou dans l’autre, il est clair qu’il n’y a pas d’objectivité. Chacun jugeant le message du prélat selon ses opinions et ses sensibilités politiques. Mais, en réalité, à bien y voir de prêt, ce ne serait pas la première fois que des Évêques interviennent dans le débat politique. Jouant ainsi leur rôle de leader d’opinion et chef religieux. Et leur réaction n’est pas un cas isolé. En 2017, les Évêques nigérians se sont prononcés sur la décentralisation du pouvoir politique, en octobre 2019, les Évêques se sont prononcés sur les reformes constitutionnelles au Togo, en 2017, les Évêques français ont donné leur avis au terme du 1er tour de la présidentielle, etc. Les Évêques sont donc dans leur rôle et il n’y a pas de quoi s’alarmer.

Modeste KONE

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