Climat de fin de règne







La Côte d’Ivoire est-elle maudite ou sont-ce les hommes politiques ivoiriens qui le sont ? Cette question qui paraît plus que jamais fondamentale au regard de l’évolution de la vie politique dans notre pays, me taraude l’esprit depuis quelque temps. Pourquoi la Côte d’Ivoire semble-t-elle si mal partie au plan politique ? Faisons ensemble le constat.

De l’indépendance du pays, le 7 août 1960 à ce jour du 31 janvier 2019, ce sont au total cinq chefs d’Etat qui se sont succédés à la tête de la Côte d’Ivoire : Félix Houphouët-Boigny (1960-1993), Aimé Henri Konan Bédié (1993-1999), Général Robert Guéi (Décembre 1999 - Octobre 2000), Laurent Gbagbo (2000 - avril 2011) et Alassane Dramane Ouattara (depuis avril 2011).

 

 Si on considère qu’Houphouët-Boigny a été en quelque sorte frappé par son destin de précurseur, aucun de ses quatre successeurs ne s’est inspiré des drames vécus par son prédécesseur pour orienter sa gouvernance. Afin d’éviter les écueils. Bédié a visiblement sous-estimé l’humiliation qu’a vécue Houphouët au début des années 1990 avant son décès. Hué par les élèves et étudiants, bafoué par un peuple avide de liberté et de démocratie, ostracisé quasiment et poliment par la France dont il était pourtant l’instrument en Afrique, Houphouët n’est certes pas mort dans le déshonneur mais les choses en avaient pris le sens. Arrivé par un coup d’Etat militaire en 1999, Guéi a surfé sur les mêmes démons qui ont hanté le pouvoir Bédié. Confronté à des velléités de déstabilisation dès les premières heures de sa gouvernance,  contraint de faire face à une rébellion armée tenue par ses opposants et parrainée par la France, Gbagbo n’a pas réussi à assainir un environnement socio-politique qui en avait plus que besoin. Comme Guéi, il a subi les événements et bu le calice jusqu’à la lie.

 

Parvenu à la tête de la Côte d’Ivoire avec le soutien actif de la communauté internationale conduite par la France, et redevable à la rébellion armée, Ouattara n’est pas en train de faire mieux. Alors qu’il s’est dit victime de l’ivoirité, il lance à son tour un nouveau concept voisin, le « rattrapage ethnique ».

 

Sa gouvernance politique est ponctuée d’actes anti-démocratiques et d’arrestations d’opposants. Comme Bédié avait, hier, incarcéré des dirigeants du Rdr, Ouattara maintient aujourd’hui en détention Alain Lobognon, proche de Guillaume Soro, l’allié devenu adversaire. L’actuel chef de l’Etat va-t-il lancer un mandat d’arrêt contre Bédié à l’instar de ce que celui-ci lui avait fait en 1999 ? Toutes les options s’avèrent possibles en l’état actuel de leurs relations.

 

Mais en attendant, c’est la foire aux invectives et aux irrévérences. Le droit d’aînesse et le respect y afférent sont foulés au pied. La récente réponse au vitriol de la secrétaire générale du Rdr, Kandia Camara, au président du Pdci, Henri Konan Bédié, illustre parfaitement le climat délétère qui s’est installé depuis peu dans la vie politique ivoirienne. Par la faute du seul Alassane Ouattara qui a mûri la noire idée de soumettre tous les partis politiques pour sa gloire personnelle. Et qui rêve de trôner sur la Côte d’Ivoire pour plusieurs années encore. Envers et contre tous. Est-ce encore possible en ce siècle de l’Internet?

 

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