Savoir s'arrêter







Œuvrer au retour de Guillaume Soro en Côte d'Ivoire ne demandera pas plus de sacrifice au Président Ouattara que celui de Blé Goudé ou de Gbagbo.

Au nom de la réconciliation, le chef de L'Etat devrait profiter du retour récent de Charles Blé Goudé à Abidjan, pour œuvrer à celui de Guillaume Soro, seul leader politique désormais en exil. Dans l'intérêt supérieur de la Nation, Alassane Ouattara devrait faire cesser toute la traque dont font l'objet l'ex-PAN et plusieurs de ses proches depuis 2019.

Il devrait le faire d'abord par grandeur. En effet, malgré toute la contestation suscitée par sa candidature à un 3e mandat, il a réussi à s'imposer à la tête du pays après ses deux précédents mandats. Chef de l'Etat, président de la République, il doit pouvoir pour certains sujets comme celui-ci, se mettre au dessus de tout ego et de toute émotion et agir en rassembleur. Car, 12 ans après la crise postelectorale, son œuvre de rassemblement des fils et fils du pays gardera un goût d'inachevé tant qu'il continuera de contraindre Guillaume Soro à l'exil.

Il devrait donc ne pas continuer à se laisser dominer par ses propres rancœurs ou par ceux de ses proches qui en veulent terriblement à l'ancien SG des ex-Forces Nouvelles uniquement pour sa phrase : "Il sera assis par terre et on va lui donner des conseils" prononcée en 2020 à l'intention d'Alassane Ouattara. Pour ces extrémistes, Soro doit absolument demander pardon pour cette phrase avant d'être autorisé à regagner son pays. Pourtant, cette phrase ne représente qu'une goûte d'eau devant l'océan d'inimitié que Gbagbo et Blé Goudé ont eue, ou peuvent encore avoir vis-à-vis du mentor de l'ex-RDR. Surtout, les anti-Soro ne devraient pas oublier que le Président Ouattara ne gardera pas éternellement la position qui lui permet aujourd'hui de contraindre son ancien Premier ministre à l'exil.

Il gagnerait alors à être l'acteur de son retour à temps, avant d'avoir éventuellement à le regretter un jour. C'est la deuxième raison pour laquelle nous l'exhortons à le faire pendant qu'il en a le pouvoir. Il en aura l'honneur et l'histoire le lui reconnaîtra. Tout comme l'histoire reconnaît par exemple à Laurent Gbagbo d'avoir réussi à calmer tous les caciques de son camp pour autoriser, en mettant en œuvre l'article 48 de la Constitution, Alassane Ouattara à participer au jeu politique national.

Ce qui lui était impossible jusqu'à cette décision. La troisième raison, c'est que le Président Ouattara et tous ceux qui l'aident à persécuter Guillaume Soro ne peuvent pas avoir la certitude d'empêcher l'ancien SG de la Fesci de devenir président de République si cela est inscrit dans son destin. La preuve, toute la persécution à l'encontre de Ouattara lui-même et de ses soutiens pendant plus de deux décennies ne l'ont pas empêché de s'asseoir dans le fauteuil présidentiel du Plateau en 2011. Faut-il faire le même gâchis et finir par se soumettre l'accomplissement du destin de Soro ? Depuis 2019, ce "jeune homme" est traqué par tous les moyens par Ouattara et son pouvoir.

Mais jusqu'à ce jour, ils en sont encore à en avoir le sommeil troublé et à le traquer parce qu'ils ne parviennent pas à l'éteindre comme ils le souhaitent. A un moment, il faut réussir la bonne introspection et savoir s'arrêter.

Cissé Sindou

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