La crainte des « Eléphants blancs » ?





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On trouve en Inde, pays où le bouddhisme est apparu, des éléphants blancs. La veille de la naissance de Bouddha, sa mère aurait rêvé d’un tel éléphant. À partir de ce récit, s’est développée une sacralisation des éléphants blancs. Il n’était notamment pas permis de les faire travailler. En outre, les éléphants blancs sont devenus des cadeaux prestigieux que les princes de l’Inde s'offraient mutuellement. Et pour les moins nantis de ces princes, recevoir un tel présent n’allait pas sans poser de problème, car entre l’obligation de bien traiter l’animal et l’interdiction de le faire travailler, sa possession pouvait se révéler dispendieuse.

 

Aujourd'hui, l’expression s’emploie dans un sens large. Elle concerne des réalisations prestigieuses mais inefficaces économiquement, ou bien des réalisations fantaisistes, voire irrationnelles. Dans tous les cas, l’éléphant blanc entraîne des coûts élevés tant pour sa réalisation, son exploitation ou encore son entretien, s’avère en définitive plus coûteux que bénéfique et devient alors un fardeau financier.

 

Ainsi a-t-on parlé d’éléphant blanc pour certains stades de football construits au Brésil pour la Coupe du Monde 2014 ou au Gabon pour la CAN 2012 ou encore pour certaines installations sportives construites à l’occasion de Jeux Olympiques, à Athènes ou ailleurs.

 

La question de l’héritage laissé par les grands évènements sportifs est devenue un enjeu majeur comme cela peut l’être par exemple pour les prochains Jeux Olympiques qui se dérouleront dans la capitale française en juillet prochain. Ainsi, le Comité International Olympique est de plus en plus vigilant lors de l’attribution de son évènement phare sur l’impact qu’il engendrera et l’utilisation future des installations construites. A l’occasion des 3 prochaines éditions déjà attribuées, hiver comme été, les organisateurs ont privilégié des sites déjà existants plutôt que de construire de nouveaux stades : 95% pour Paris 2024, 93% pour Milan-Cortina 2026 et 100% pour Los Angeles 2028.

 

La situation était bien évidemment différente pour la Côte d’Ivoire à l’heure de préparer la Coupe d’Afrique des Nations 2023 puisque peu de stades aux normes existaient et qu’il fallait faire de lourds investissements pour la rendre possible. Cette organisation fut une totale réussite et la qualité des infrastructures réalisées ont été un de ses atouts principaux.

 

Cependant, la question de l’exploitation et de la rentabilisation de ces nouveaux stades s’est posée dès le coup de sifflet final qui a retenti dans le ciel le dimanche 11 février 2024, jour de la finale victorieuse des Eléphants (gris ceux-là). L’équation n’est pas simple à résoudre au regard du niveau de l’industrie du sport en Côte d’Ivoire.

 

En effet, les modèles économiques des stades de football dans le monde sont assez clairs et connus. La plupart de ces enceintes appartiennent à des clubs ou sont mis à leur disposition par les municipalités ou les Etats en contrepartie d’un loyer et de la prise en charge des frais d’entretien. Ces institutions (les clubs sportifs professionnels essentiellement) y organisent leurs matchs à domicile en s’assurant des recettes maximales les jours de matchs (vente de tickets d’entrée au stade, de boissons et autres repas, de produits dérivés ou de loges VVIP) mais aussi les autres jours (visites du stade payantes, organisation de séminaires, ouverture de la boutique, location de bureaux …). Ainsi est assurée leur rentabilité et ces stades deviennent des axes importants de la stratégie de ces clubs pour augmenter leurs revenus à l’instar des clubs comme Arsenal FC, l’Olympique Lyonnais ou le Nou Camp en pleine rénovation.

 

La Côte d’Ivoire dispose aujourd’hui de 6 stades flambants neufs et d’un très grand nombre de terrains d’entraînement dotés de pelouses naturelles de qualité. C’est une fantastique opportunité ! Patrimoine de l’Etat ivoirien pour la plupart, l’Office National des Sports (ONS) a la charge de leur entretien et de leur exploitation. Mais quelle est sa marge de manœuvre en l’absence d’un modèle économique adéquat ? Encore une fois, en l’absence d’un public nombreux dans les stades, il sera impossible de générer suffisamment de revenus pour supporter les charges de leur entretien. Dès lors, ces dépenses seront à la charge de l’Etat et la principale question qui se pose est désormais celle de leur utilisation. Ces stades doivent-ils restés fermés et inutilisés (engendrant de toute manière des charges importantes) ou doivent-ils être les théâtres des matchs de Ligue 1 et de Ligue 2 et ainsi permettre aux équipes ivoiriennes de jouer sur de belles pelouses plutôt que sur les pelouses synthétiques des stades Robert Champroux ou au Parc des Sports ?

 

Benoît YOU

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