Côte d’Ivoire-Etats-Unis, quelle ressemblance !





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C’est une histoire de deux chefs d’Etat. Tous les deux se préparent à sortir. Mais que ce soit en Côte d’Ivoire ou aux Etats-Unis, la sortie n’est pas des plus aisées. Ils ont chacun, dans leurs dos, un ou des adversaires coriaces qui affutent leurs armes pour leur succéder. Du coup, ils vivent dans une valse hésitation à irriter leur propre camp. Partir ? Comment partir ?

En Côte d’Ivoire, les proches du chef de l’Etat et la presse étrangère n’ont eu de cesse de rappeler que le président du RHDP est formel sur sa sortie. Il est prêt à plier bagages le moment venu. Toutefois, il défera ses bagages si un de ses adversaires connus de la même génération montre des velléités de candidature. En clair, si Bédié et Gbagbo ou si l’un de ces deux est candidat, Ouattara se représentera.

La raison que le numéro un ivoirien avance est toute simple. Il estime que le temps des hommes et femmes de sa génération (qui comprend les anciens chefs d’Etat Bédié et Gbagbo) est révolu. Il faut passer le relais à la génération suivante. Du reste, les trois vieux (c’est de cette façon qu’ils sont appelés) ont déjà gouverné le pays, chacun avec des fortunes diverses. Ouattara ne cache donc plus sa réelle volonté de mettre ses deux adversaires dans ses valises et prendre le large avec eux.

Aux Etats-Unis, les Américains s’attendent à ce que leur président ne fasse qu’un seul mandat de quatre ans comme il le leur a promis pendant la campagne. En raison de son âge avancé (il aura bientôt 80 ans) qui lui joue bien des mauvais tours, il avait anticipé les éventuelles critiques et annoncé 4 années de présence à la Maison Blanche pour ensuite passer la main. Les électeurs n’y avaient trouvé aucun inconvénient vu son passé politique riche au service du Congrès comme député et comme vice-président pendant huit années.

Ces derniers temps, le syndrome ivoirien semble avoir pris le bureau ovale. Selon des confidences de son entourage rapportées par la presse américaine et certains spécialistes, le président américain conditionne maintenant son départ de la tête du pays. Si dans deux ans, son prédécesseur Donald Trump est candidat à la présidence de la République, lui Joseph Biden se dressera devant lui. Comme pour dire, si les Américains doivent choisir un vieux comme président, ce ne sera pas Trump mais bien Biden.

Le problème est d’autant difficile qu’en Côte d’Ivoire comme aux Etats-Unis, les concernés par cette affaire de partir et rester à la fois sont convaincus que leurs peuples sont des adeptes de la gérontocratie. De sorte que leur foi dans leurs populations les amène à croire fermement qu’un candidat jeune, aussi brillant soit-il, en face d’eux, ne fera pas le poids. Comme ils veulent un successeur qui va à la fois perpétuer leur politique et couvrir leurs arrières (on ne sait jamais avec Trump et consorts), ils se retrouvent devant un problème presque insoluble. Puisque désormais, ils ne sont plus maîtres de leur propre agenda. Leur décision dépendant presque exclusivement de ce que décidera l’adversaire.

Ce qui rend ce problème encore plus complexe, c’est le net sentiment qui se dégage sur les éléments objectifs manquants dans la préparation de celui ou celle qui va prendre leur place. Et, à y voir de très près, c’est cette difficulté qui les oblige à conditionner leur départ. D’abord qui choisir qui pourra effectivement continuer le travail et ensuite assurer les arrières ?

En Côte d’Ivoire, un homme pourrait faire l’affaire du clan mais il a un sérieux handicap : il n’est pas originellement du clan et il n’est donc pas sûr qu’il puisse faire efficacement le boulot. Aux Etats-Unis se posent deux réels problèmes au clan Biden. Le vice-président est une femme. Bien que reconnue pour son dynamisme et sa capacité de manager, son état de femme joue contre elle.

L’Amérique, selon les nombreuses analyses de spécialistes en politique, ne serait pas encore prête psychologiquement à accepter une femme comme premier personnage du pays. De sorte que, même si Biden voudrait s’en aller, comment murir l’idée de ne pas faire de la vice-présidente la candidate attitrée des Démocrates ? S’il n’y avait que ça !

Le second obstacle que doivent dominer les militants démocrates c’est la cognition de leur cheval Biden. Le président américain, selon ce qui se voit tous les jours, n’est plus à même de répondre à l’appel de la patrie. Ses facultés cognitives ne sont plus aussi disposées pour la prise de décision en tant que chef d’une aussi importante puissance militaire et économique.

Reste donc à abattre la carte de la vice-présidente qui, avec le choix du nouveau Premier ministre britannique d’origine indienne comme elle, voit une épine sortir de son pied. A moins que barrer coûte que coûte la voie à Trump ne pousse les uns et les autres à maintenir le statu quo ante. De la même façon qu’à Abidjan, empêcher par tous moyens les adversaires du président ne pousse son clan à vouloir le maintenir à la tête de l’Etat et ainsi renvoyer aux calendes grecques la candidature du dauphin.

Abdoulaye Villard Sanogo

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